Homélie donnée par Mgr Colomb pour la Vigile Pascale
j-aide-mon-eglise annuaire-diocese

Homélie donnée par Mgr Colomb pour la Vigile Pascale

Homélie donnée à l'église Notre dame Royan par Mgr Colomb pour la Vigile Pascale 2017

 

Le mot « Pâque » signifie libération, sortie de l’esclavage pour les hébreux. C’est le passage de l’Egypte vers la Terre promise que nous rapporte le livre de l’Exode.

La Pâque juive fêtée chaque année est le mémorial de la libération des Juifs. Nous, nous   fêtons la Résurrection du Seigneur, fête de l’espérance, fête qui marque aussi notre libération du péché. Les lectures de l’Ancien Testament doivent donc être faites à la lumière de l’expérience pascale que nous vivons :

La liturgie nous propose des premières lectures entrecoupées d’autant de psaumes et de cantiques de l’Ancien Testament. Quel lien y a-t-il entre tous ces textes ? La clé est à chercher, évidemment, du côté de la Pâque juive.

Alors qu’elle déchiffre dans le mystère pascal l’accomplissement du projet d’Alliance de Dieu avec l’humanité, l’Eglise nous propose au long de cette nuit de revivre cette longue histoire.

Et le sacrement du baptême que vont  recevoir les six catéchumènes (Notez qu’ils sont 4503 à recevoir le baptême dans notre pays au cours de cette vigile pascale) est à la fois :

  • création, parce que le baptisé, devient un être nouveau
  • salut, parce qu’il va être libéré du péché originel

Notre Dieu est un Dieu créateur et sauveur, mais paradoxalement, à Noël, nous confessons un dieu qui s’est fait homme dans la fragilité d’un petit enfant et ce même Dieu fait homme meurt sur une croix comme un condamné de droit commun, folie pour les païens, scandale pour les juifs ! La fragilité de notre Dieu à nous chrétiens prend naissance à Bethléem et se prolonge jusqu’au bout jusque sur la croix que nous avons vénérée hier vendredi saint. Et c’est bien lui notre Dieu, celui qui nous sauve !

L’Evangile nous montre Marie-Madeleine et Marie auxquelles l’ange dit « Jésus n’est pas ici, il est ressuscité. ». Jésus est vivant, il n’appartient pas au passé, son histoire n’est pas une belle histoire comme celle d’un héros national ! Jésus marche devant nous, il nous précède et il nous appelle à le suivre « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée».

Fragile, le Seigneur l’est, oui bien sûr, car il est vérité, il est justice, il est douceur (Remets ton épée au fourreau, dit Jésus à Pierre.. lorsque les gardes viennent l’arrêter). Nous le savons bien, les hommes et tout spécialement les tyrans (grands et petits) à défaut de pouvoir rendre fort le juste et le vrai, font l’inverse. Avec eux, ce n’est pas le juste qui est fort, c’est le fort qui est juste. Dans notre tradition chrétienne il n’en est pas ainsi. A la suite du Christ, les innombrables martyrs de l’Eglise, les martyrs des pontons de Rochefort dans l’estuaire de la Charente, le plus grand cimetière de prêtres dans le monde, nos frères et sœurs chrétiens d’Egypte martyrisés dimanche dernier en sont l’illustration ! Le prix de la vérité, de la douceur, de la justice c’est la croix ! C’est pourquoi, ce soir, en célébrant le Christ, la résurrection, chers frères et sœurs, nous rappelons la victoire de la justice sur l’injustice, la victoire de la liberté sur l’oppression, la victoire de la vérité sur le mensonge, la victoire de miséricorde divine sur la monstruosité de l’homme (pour reprendre une expression du Pape François), la victoire de l’esprit sur les forces du mal ! Et pour cette raison, nous avons confiance, nous avons foi en Dieu et c’est pourquoi de nombreuses personnes en France et dans le monde demandent à être reçues dans l’Eglise catholique, la famille de Dieu. Et Nous entendons bien comme Marie-Madeleine, cette invitation du Christ : « Ne vous effrayez pas ! ».

Le Pape Jean-Paul II au début de son pontificat en 1978 nous rappelait cette invitation de notre Seigneur ressuscité en nous disant « n’ayez pas peur » et à nous Français en 1982, lors de son premier voyage en France, il nous disait « France, fille aînée de l’Eglise, qu’as-tu fait de ton baptême ? ». Ce pasteur infatigable qui à la suite de Saint-Paul a sillonné le monde pour annoncer que le Seigneur est vraiment ressuscité a été canonisé à Rome à l’initiative du Pape François. Que faisons-nous de notre baptême ? Voilà une bonne question qui demeure d’actualité ! Merci, chers amis de nous rappeler ce soir par le sacrement que vous allez recevoir la beauté, l’urgence, le sens du baptême. Notre prière à tous, présents ici ce soir, est pour vous. Nous prions par l’intercession des saints pour que le baptême de tous ceux qui sont entrés dans l’Eglise aujourd’hui ait du sens, pour que chaque nouveau chrétien fasse quelque chose ou plutôt quelqu’un de son baptême ! Mais non, je m’exprime mal, ce n’est pas le Baptisé qui fait quelque chose ou quelqu’un de son baptême, c’est le baptême qui fait de l’homme quelqu’un et pas n’importe qui : Le baptême fait le chrétien ! Que votre vie de baptisés soit belle avec le Christ, qu’elle soit une vie donnée car tout ce qui n’est pas donné est perdu, une vie donnée à notre Eglise, et que, comme Marie-Madeleine, chacun entende la voix du Ressuscité nous invitant à la mission sans plus attendre ! Alors, chers amis qui allez être baptisés et vous qui allez être confirmés, ne mettez pas la croix dans la poche car elle est le signe de l’amour inégalé dans le monde !

La Résurrection du Seigneur ne change pas seulement notre vie …

Revenons en arrière ! C’est après la transfiguration que Jésus pour la première fois parla à ses disciples de la croix et de la résurrection. Ils ne comprirent pas ce qu’il voulait dire. Avouons que si la Résurrection nous réjouit parce que le Christ est l’Alpha et l’Omega comme il est écrit sur le cierge pascal, nous poursuivons nous aussi la discussion des disciples et nous nous demandons « en quoi consiste le fait de ressusciter ? », qu’est-ce que cela veut dire pour nous ? Cela veut dire que Jésus étant mort par amour pour les hommes, il change non seulement la vie des hommes, mais aussi la mort parce que sa mort fut un acte d’amour ! C’est ce que nous avons célébré, Jeudi saint, le dernier repas, la dernière cène au cours de laquelle, Jésus anticipant sa mort, la transforma en don de soi : « prenez et mangez en tous, ceci est mon corps livré pour vous, prenez et buvez en tous, ceci est mon sang versé pour vous ».

Vous qui allez être baptisés, vous qui allez être confirmés, vous nous rappelez, que la résurrection de Jésus n’est pas un évènement sensationnel qui appartiendrait au passé, le baptême, ce n’est pas seulement entrer dans l’Eglise, cela ne consiste pas seulement à être lavé de son péché, à avoir son âme purifiée. Le baptême est mort et résurrection, c’est naître de l’esprit, c’est devenir un homme nouveau ! C’est pourquoi Saint-Paul écrit aux Romains (6,3b-11) : «…Si donc par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle nous aussi, comme le Christ...  ». Autrement dit, notre vie prend une autre dimension, nous sommes introduits dans l’histoire de l’humanité dans sa relation avec Dieu le Père par le Christ. Le Fils de Dieu vit en nous et nous devons, comme il le fit, assumer courageusement toutes les épreuves, toutes les injustices de cette humanité blessée ! A toutes ces épreuves surmontées, votre baptême, votre confirmation donnent un sens. Merveille de la foi chrétienne, merveille de l’Eglise, de ses sacrements qui nous changent radicalement en hommes nouveaux !

L’être chrétien, c’est un être humain habité par le Christ ! Voilà quelle est la source de notre joie en cette veillée pascale. La résurrection n’est pas un tombeau vide à côté de nous, la résurrection ce n’est pas le vide, c’est le plein ; c’est une vie pleine de grâce qui nous concerne tous ! Nous ne pouvons pas aujourd’hui saisir les pieds du Christ comme le firent Marie-Madeleine et Marie tel que cela nous est rapporté dans l’évangile de St-Matthieu, c’est lui qui nous saisit et qui nous dit à nous aussi : « Soyez sans crainte », et il nous envoie en mission.

Si nous prenons conscience de la beauté et des exigences de cette affirmation de Paul : « Si par le baptême nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle.. », nous transformerons le monde, mais pour cela il faudra porter notre croix et celle de nos frères, il faudra emprunter le chemin qui crucifie une existence repliée sur soi, sur son ego, sur la recherche des satisfactions personnelles. Benoît XVI dans son livre «Lumière du monde», cite Saint-Augustin : « L’histoire du monde est une lutte entre deux formes d’amour : l’amour pour soi-même, jusqu’à la destruction du monde et l’amour pour les autres jusqu’au renoncement à soi-même ».  L’homme doit prendre le chemin qui croise son frère dans tous ses combats pour plus de dignité, plus de liberté, plus d’humanité, combats que mènent de nombreux peuples, mais aussi combat plus discret de ceux qui,  plus proches de nous, veillent par la prière pour un monde nouveau. Seul ce chemin peut nous conduire à la joie véritable de cette veillée pascale « Exultez de joie multitude des anges, exultez de joie multitude des hommes ! » car le Christ, le Ressuscité vous prend avec lui et vous conduit aux chemins de vie !

+ Georges Colomb

Menu