Homélie donnée par Mgr Colomb pour le dimanche de Pâques
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Homélie donnée par Mgr Colomb pour le dimanche de Pâques

Homélie donnée par Mgr Georges Colomb à la cathédrale Saint-Louis de La Rochelle dimanche 16  avril 2017

 

Il vit et il crut.

Le signe est de prime abord un signe pauvre, un tombeau vide.

Mais l’acte de foi du disciple que Jésus aimait a reconnu dans ce tombeau vide l’évènement majeur de l’histoire du monde.

Il vit et il crut.

Et depuis, les chrétiens sont de génération en génération témoins de cet évènement qui est le socle, et le cœur de leur foi commune, quelle que soit leur dénomination, en Orient comme en Occident.

Mais cet évènement n’est pas réductible à un évènement historique. Certes, Jésus, le Jésus de l’Histoire est reconnu par tous, par les païens aussi, l’historien Flavius Josèphe l’atteste. Pour nous chrétiens il est ressuscité il y a deux mille ans, certes nous ressusciterons, après notre mort, au dernier jour, mais baptisés, nous sommes ressuscités, par la grâce de notre participation baptismale à la mort et à la résurrection du Christ. Nous sommes ressuscités, et pas seulement nous allons ressusciter. Les récits de Pâques combinent toujours un récit sur le mode du témoignage, de l’annonce kérygmatique « Ce Jésus que vous avez crucifié, Dieu l’a ressuscité », et un récit de rencontre, sous forme d’expérience. Nous-mêmes, nous avons reçu la joyeuse annonce de la résurrection, peut-être par nos parents ou par nos catéchistes dans notre enfance ou après, mais si nous ne faisons pas l’expérience concrète, personnelle et/ou communautaire de la résurrection, nous demeurerons extérieurs à cet évènement et nous trouverons toujours étrange de dire en vérité : « Avec le Christ, je suis ressuscité ». L’expérience de la rencontre du Ressuscité peut prendre des formes très différentes : sacramentelle, souvent à travers l’expérience eucharistique, communion au corps du Christ ; mystique avec une expérience sensible de la présence de Jésus ressuscité à un moment précis de notre vie de foi (Paul Claudel à Notre Dame de Paris) ; existentielle quand nous éprouvons dans notre vie ou dans celle de proches comment la puissance du ressuscité peut venir arracher des cœurs d’homme et de femme à l’opacité de la tristesse, de la nuit, du péché….Par exemple nos frères qui accompagnent des personnes victimes de la drogue, de l’alcoolisme témoignent de la force de la Résurrection chez certaines d’entre elles alors que à vue humaine tout semble perdu !

Il nous faut, chers frères et sœurs, retrouver la force, la jeunesse, la nouveauté, la fécondité de Pâques dans nos vies. Pâques conserve cette capacité de renouveler, de rajeunir, de féconder nos pauvres vies marquées du sceau de l’affaissement, du vieillissement, de la stérilité, de la superficialité ambiantes. Nous n’échappons pas toujours à toutes ces mauvaises influences de la société civile.

Pâques, au cœur de la vie chrétienne dit la force de la vie, la puissance de jaillissement de la vie au cœur même de toutes nos pulsions de mort. Au cœur de la foi chrétienne, il y a une pulsion de vie, une intervention fulgurante de la Vie en personne qui vient déchirer de fond en comble le voile de mort et de deuil qui menace sans cesse de recouvrir et de perdre nos chemins tant personnels que ceux de notre vie sociale.

Nous sommes tentés en Europe (dont les racines sont chrétiennes) par une forme de tourbillon spirituel. On ne tolère la religion, qu’on rebaptise du nom de spiritualité, qu’en tant qu’elle est un supplétif aux défaillances de nos sociétés qui n’arrivent plus à fournir le cadre moral minimum nécessaire pour toute vie ensemble, ou bien en tant qu’elle est une vague ouverture universelle aux valeurs de tolérance, de respect, de l’autre. Ce sont de bons sentiments qu’on ne peut que partager et qui ne font de mal à personne. Mais qui ne font pas de bien car de fait ils ne font et ne produisent pas grand-chose, ils n’engagent pas l’homme. Pâques, au cœur de la foi chrétienne, est l’expérience bouleversante, déchirante de l’intervention de Dieu lui-même, au cœur même de nos contradictions, de nos échecs, de nos trahisons peut-être, de nos enfers, personnels et communautaires. Là il se passe vraiment quelque chose car c’est La Vie elle-même qui intervient, en personne, qui combat et détruit la mort !  Dès lors la spiritualité n’est plus une vague fuite dans un monde aseptisé. D’ailleurs un amour sans corps ni visage, qu’est-ce que cela peut bien être, sinon pure théorie ? Pâques nous dit que Dieu, en Jésus, a pris à bras le corps les drames, les contradictions, les souffrances mais aussi les blessures, le péché qui, qu’on le veuille ou non, habitent et défigurent le cœur de l’homme, pour lui redonner forme, la forme concrète et féconde du don de soi. Jésus a pris ce risque, le risque de l’amour concret, engagé, il n’a pas fait semblant, il y a laissé sa peau !

Pâques nous dit qu’il n’y a pas de fatalité dans la vie des hommes. La foi chrétienne n’est pas une fuite, une vague spiritualité, ou encore un réservoir commode de valeurs. Pâques c’est l’intervention de Dieu qui vient combattre à nos côtés et briser le cycle de la violence qui défigure l’homme et nos sociétés.

Ainsi Pâques, la grande, la sainte fête de Pâques ne peut pas être réduite à une morale parmi d’autres. La morale est une conséquence de la foi, elle n’est pas le noyau de la foi !

Mais attention, personne d’entre nous n’est extérieur à ces tentations de vouloir réduire le sens et la portée du mystère pascal. Nous sommes tous concernés par ces tentations, car ce sont des tentations humaines, terriblement humaines. Mais heureusement Pâques résiste. Pâques résiste, en tant qu’évènement enraciné dans le passé mais qui dépasse l’histoire. Le tombeau vide est ouvert sur l’avenir, notre résurrection future est profondément actuelle. Nous faisons l’expérience de la puissance de résurrection du Christ capable de transfigurer nos pauvres vies, personnelles, familiales, sociales et même le cosmos tellement malmené par la folle volonté de puissance des hommes (cf l’encyclique Laudato Si).

Oui, Pâques résiste. Pâques est là, c’est un roc qui résiste à toutes les tentatives de récupération de la foi chrétienne auxquelles nous devrons faire face, de plus en plus, depuis que nos sociétés post modernes redécouvrent, effarées, agacées ou effondrées, qu’elles ne pourront pas faire grand-chose sans prendre en compte la dimension religieuse de l’homme.

Pâques résiste et en même temps Pâques ouvre un chemin, et c’est évidemment le plus important :

-un chemin spirituel, qui n’est pas celui de la fuite du monde, du réel, y compris dans sa dimension la plus tragique, parce que ce chemin est ouvert par Dieu lui-même, au cœur de notre humanité blessée, Pâques c’est Dieu qui s’engage, Dieu crucifié, Dieu vivant pour un homme debout.

-un chemin authentiquement moral puisque notre histoire est désormais fécondée, inoculée par la réalité du monde tel que Dieu le veut et le voit et que nous ne pouvons pas ne pas chercher à rendre notre vie un minimum cohérente avec le don de Dieu qui nous est fait, gratuitement, par pure grâce.

-un chemin de vie, de plénitude puisque Pâques se reçoit comme un libre accueil du don de la paix que Dieu lui-même est venu offrir, gratuitement, au coeur des multiples conflits et contradictions de nos histoires.

Pâques n’est pas seulement la plus grande fête chrétienne. Pâques est la seule réponse paradoxalement rationnelle aux impasses sociales, religieuses, politiques, morales de notre pauvre monde. Pâques donne l’espérance ! Pâques est le « passage » qui pour introduire l’inattendu d’un avenir, nous invite non pas à l’attendre, mais à l’anticiper. Pâques nous apprend ceci : Espérer, c’est faire naître.

Il vit et il crut. Croyons-nous vraiment à la capacité de transformation morale, sociale, politique, cosmique, spirituelle de l’évènement pascal ? Croyons-nous vraiment à la puissance de transformation, de régénération de la résurrection du Christ, pour aujourd’hui, dans nos cœurs, dans nos sociétés, et jusque dans le monde que nous habitons ? Posons-nous ce matin, vraiment la question. Et redisons, de toutes les fibres de notre être de baptisé, enseveli avec le Christ dans le tombeau et ressuscité avec lui : Oui moi aussi j’ai vu et j’ai cru. Il n’y avait, il n’y a pas grand-chose à voir….mais au creux de ce manque, de cette vacuité, j’ai reconnu la présence aimante, vivante, tonifiante du Ressuscité. J’ai besoin de Lui et je sais que je ne peux pas garder cette expérience, cette certitude de foi pour moi. L’humanité en a besoin et l’Eglise compte sur chacun d’entre nous pour partager à nos frères la joie et l’espérance pascales. Alléluia !

+Georges Colomb

 

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