La voussure de l’Enfance | Diocese La Rochelle
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La voussure de l’Enfance

Au portail occidental de l’église... Cette petite église, située entre Aulnay et Loulay, mais dans l’ancien diocèse de Saintes, possède un portail ouest étonnamment sculpté. Deux voussures, formées respectivement de 17 et 27 claveaux, sont cernées par un cordon d’extrados orné d’anges thuriféraires et adorateurs. De plus, les chapiteaux et les tailloirs, se prolongeant en moulure d’imposte sur toute la largeur de la petite façade, sont peuplés d’un monde extraordinaire où les réminiscences mythologiques et hagiographiques abondent.

Seule la voussure externe, qui est consacrée à plusieurs scènes de l’Enfance, nous retiendra. On en a souligné maintes fois le désordre apparent, allant jusqu’à suggérer qu’elle avait été bouleversée puis remontée en désordre ; ce qui n’est d’ailleurs guère vraisemblable.

A gauche, on voit le massacre des saints Innocents. Deux soldats à l’épée dégainée sont envoyés par Hérode et se retrouvent en présence d’une femme qui tente de protéger son enfant. Plus haut, cinq claveaux sont consacrés à l’entrevue des mages avec Hérode. Deux s’en détournent déjà, reprenant leur marche.

Derrière le roi apparaît un soldat qui désigne du doigt une grande épée. C’est une possible allusion à la tradition apocryphe – venant de l’Evangile arménien de l’Enfance - suivant laquelle ce tyran aurait tenté de faire violence aux mages dès la première entrevue ; seul un violent tremblement de terre qui secoua son palais l’en empêcha.

Vient ensuite, après un bandeau d’entrelacs destiné à séparer les tableaux, l’Adoration elle-même. Les mages, couronnés comme des rois, tiennent leurs présents dans des linges à la manière orientale. La Vierge porte l’Enfant en position presque frontale : elle est le Trône de la Sagesse divine. Jésus bénit de sa main droite, tandis que sa Mère tient dans la sienne un sceptre dressé. C’est au-dessus qu’apparaît l’étoile, sous la forme d’une fleur quadrilobée.

Après cela vient un personnage dont l’interprétation a donné lieu à plusieurs hypothèses. Nous pensons pouvoir un reconnaître Joseph montrant du doigt sa houlette qui a fleuri miraculeusement, le désignant comme époux de la Vierge, suivant un apocryphe du VIIème siècle – l’Evangile de la Nativité de Marie – L’allusion à la désignation miraculeuse d’Aaron comme grand prêtre, suivant Nombres 17, est évidente.

Le personnage qui suit serait alors Marie. Le fait qu’elle ne soit pas nimbée ne saurait surprendre, puisqu’elle ne l’est pas non plus en d’autres points de la voussure. Après un second cordon de rinceaux, la scène de l’Annonciation réunit d’archange et la Vierge sous deux arcades romanes ornées de dents de scie.

Gabriel désigne du doigt la croix, symbole de la mission salvatrice du Christ, et Marie porte sur la poitrine la même étoile quadrilobée qui a conduit les mages : c’est peut-être une allusion du Livre de La Caverne des Trésors (VIème siècle) suivant laquelle cette étoile avait l’aspect d’une jeune fille portant sur son sein un enfant couronné. Fait suite le songe de Joseph, pendant lequel l’ange l’invite à ne pas craindre de prendre chez lui Marie (Mat. 1, 18-21). Il ne porte pas un tau, comme on l’a prétendu, mais repose sur un lit de bois tourné.

Les derniers claveaux de l’arcade sont consacrés au départ des mages qui reçoivent d’un ange l’ordre de ne pas retourner chez Hérode. Deux soldats, dont la présence resterait à expliquer, ferment ce cycle. On avait coutume de souligner que cette belle frise sculptée, où se remarquent les plis bouillonnants des vêtements, était assez étrangère à l’art de la région. M. Christian Gensbeitel a montré qu’elle offrait en réalité des parentés avec certains chapiteaux du chevet d’Aulnay. Il date le portail de Nuaillé des années 1130 – 1140.

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