Les églises romanes de Saintonge | Diocese La Rochelle
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Les églises romanes de Saintonge

Historiquement, la Saintonge a d’abord été le territoire de la cité des Santons. Cette région fortement romanisée allait ensuite être assez peu touchée par le monde barbare. Les vestiges romains qu’on rencontre encore témoignent d’une emprunte antique forte.

Si les ruines monumentales sont devenues rares en dehors de Saintes, une visite au très riche musée archéologique de cette ville convaincra vit de la diversité et de la qualité du décor des édifices qui ont disparu.

N’ayant guère connu la domination d’une aristocratie puissante - très vite il n’y aura plus de comte à Saintes - la Saintonge est marquée aux XI et XIIe siècles par un important essor démographique, qui se traduit par de vastes défrichements et le développement d’une multitude de villages qui allaient donner prétexte à un art roman extrêmement disséminé.

La région ne connaît pas non plus de grandes abbayes. Seules, l’abbaye royale de Saint-Jean-d’Angély et celle des moniales de Saintes accéderont à une certaine importance.

Pour le reste, outre de petits établissements bénédictins qui végètent - comme Fontdouce ou la Tenaille - ce sont plutôt des ordres austères qui prennent pied en Saintonge : cisterciens au nord, en Aunis, grand montains dans les solitudes isolées du marais de Rochefort ou à Embreuil, augustiniens de Châtres et de Sablonceaux aux églises à l’architecture sévère ce contexte, on ne sera pas étonné de ne trouver que peu de grands édifices.

Rares déjà sont les églises qui comportent trois nefs : Varaize, Sainte-Gemme, l’abbaye aux Dames (avant la création des coupoles), et Saint-Eutrope de Saintes, auxquelles s’ajoutent Aulnay (qui est d’ailleurs en Poitou) et quelques exemples, tous très mutilés, en Aunis : Surgères, Mauzé, Esnandes, Bouhet...

D’autre part, seule la priorale Saint-Eutrope de Saintes offrait une abside à déambulatoire et chapelles rayonnantes, aujourd’hui fort mutilée au niveau de l’église haute.

Ailleurs, le plan à nef unique recoupée par un transept ouvrant sur deux absidioles, et suivie d’une abside, domine partout. Le clocher surmonte généralement la croisée, au centre de l’édifice. Encore ce programme déjà modeste, est-il souvent réduit par l’absence de transept.

La structure simple qui en résulte, à laquelle le clocher central confère un aspect pyramidal, laisse deviner que l’église ainsi créée n’est pas d’abord un local commode pour l’exercice du culte, pas plus d’ailleurs que cette Bible de pierre offerte aux illettrés que l’on a jadis tant vanté !

Ce microcosme, tout à la fois reliquaire gigantesque et univers en miniature, récapitule le monde créé dans un espace sacré qui s’offre à la dimension du village.

La décoration de l’église romane, ici comme ailleurs, est destinée à couvrir tout l’édifice. Si le décor peint a presque partout disparu, la parure sculptée subsiste dans une bien meilleure proportion, quoique terriblement mutilée elle aussi. Sa qualité tient à la nature géologique d’un excellent calcaire - la pierre de Crazanne - dont ont été tirées les œuvres les plus représentatives.

Pourtant, la Saintonge n’est pas le terroir des grands programmes thématiques romans : rares sont les frontispices où se déploient les registres d’une vaste composition théologique ; la façade de Pérignac fait à ce titre presque exception.

Au portail, l’absence généralisée du tympan renvoie la sculpture sur l’espace bien plus étroit des chapiteaux et des voussures. Les enlacements de galons et ornements divers font de fréquents emprunts aux œuvres gallo-romaines.

La flore se déploie avec une verve décorative magnifique. L’acanthe en est la représentation la plus fréquente et la plus accomplie, sur cette terre où pourtant elle ne pousse pas. En mettant en scène une faune extrêmement diversifiée, le sculpteur a illustré cette globalité cosmique du monde dont l’église romane veut être l’image symbolique : animaux bienfaisants aussi bien que mauvais s’y mêlent, ainsi que ces êtres fantastiques sortis des manuscrits et des tissus orientaux : sphinx, centaures, griffons, basilics et sirènes...

L’église romane ne prétend donc pas être une Bible de pierre... Et bien mal renseigné serait celui qui tenterait d’y lire la Révélation comme à livre ouvert !

Les thèmes sacrés sont pourtant loin d’être absents, mais dispersés, atomisés pourrait-on dire, en une multitude d’emplacements peu accessibles et sans ordre apparent, ils déroutent forcément nos mentalités modernes.

Pour l’Ancien Testament, outre le péché originel, prélude nécessaire à l’histoire du Salut, Daniel et Samson doivent surtout à la victoire du Christ qu’ils annoncent d’être souvent représentés dans leurs luttes.

Si l’évangile est présent par un grand nombre de scènes, rares sont cependant les cycles - ou frises - un peu développés : la voussure de l’Enfance à Nuaillé-sur-Boutonne fait ainsi un peu figure d’exception.

On rencontre surtout des scènes de la Passion : voussure de la Cène à l’Abbaye aux Dames (qui illustre la bouchée à Judas), visite des femmes au tombeau, en la même abbatiale, ainsi qu’à Thaims, Châlais et Saujon (superbes chapiteaux déposés, qui montrent aussi l’apparition à Marie-Madeleine).

Les personnages en mandorle au milieu d’une façade existent, mais sans engendrer de vaste composition : Pérignac, qui s’inspire visiblement de la cathédrale d’Angoulême faisait ici exception comme nous l’avons dit.

Ailleurs, on relèvera la très belle Vierge à l’Enfant de Rioux, à la mandorle jadis portée par des anges, et celle - sans l’Enfant - de Gensac la Pallue. Cette dernière façade montre aussi un saint Martin, figure emblématique de nos régions de l’Ouest, que l’on retrouve à Esnandes.

Mais, en Saintonge, les thèmes se lisent plus volontiers sur les voussures que sur la surface des murs. Plusieurs portails juxtaposent le zodiaque - dont les symboles alternent avec les travaux des mois - à une psychomachie (combat des vertus contre les vices), puis à la parabole évangélique des vierges sages et des vierges folles, ainsi qu’à la vision du symbole divin (Agneau ou autre...) vénéré par les anges.

Certes, ainsi complet, cet ensemble ne se rencontre qu’à Aulnay et Fenioux. Mais plusieurs éléments s’en voient encore à Varaize, Corme-Royal, Fontaine-d’Ozillac et Pont-l’Abbé... L’art roman saintongeais, toujours retenu et mesuré, est resté à l’écart du gigantisme.

Il s’illustre dans une multitude d’édifices, presque toujours de dimensions modestes. Malgré l’extraordinaire richesse dont il témoigne encore aujourd’hui, on ne devra jamais oublier que nous n’en admirons plus que les épaves clairsemées et mutilées... Épaves, qui plus est, toujours privées de leur décor peint et de leur mobilier d’origine : des remarques finales qui inviteront sans doute au voyage et à la modestie.

Père Yves Blomme

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