Moëze | Diocese La Rochelle
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Moëze

Située à la pointe nord du marais de Brouage, cette grosse paroisse de la châtellenie de Soubise appartient encore au « Pays des Isles », ouvert sur la mer, enrichi par le commerce du sel, plus tôt émancipé qu’ailleurs et précocement passé à la Réforme.

C’est le pays de prédilection de l’art flamboyant saintongeais, non qu’ailleurs on n’ait pas construit ou agrandi d’églises aux XVe et XVIe siècles, mais – sauf exception – on l’a fait avec moins de moyens et la qualité de la construction s’en ressent. Le financier saintongeais Etienne Guillet est originaire de Moëze, et les Goumard y possédaient de vastes marais salants.

Deux monuments font la célébrité de ce gros village : le fin clocher flamboyant, version un peu réduite et sans doute un peu moins tardive de celui de Marennes, et la croix hosannière. Les clochers côtiers ont été élevés après 1450, avec l’intention de constituer aussi des repères pour la navigation, et c’est cette fonction de surveillance qui assurera leur salut lors des guerres civiles du XVIe siècle.

Le clocher de Moëze s’élevait sur le bras sud du transept d’une somptueuse église flamboyante, dont il ne reste à peu près rien d’autre. De beaux arrachements se remarquent cependant vers l’est, où se voient encore les amorces d’un collatéral sud qui paraît avoir été couvert en terrasse, ainsi que vers l’ouest, où une coursière en net surplomb fait retour en façade, là où subsiste un riche fragment d’arcature aveugle flamboyante.

 D’un point de vue chronologique, le clocher de Moëze vient après la révolution stylistique des années 1470-1480 qui vit une nouvelle esthétique dominer dans la nef de la cathédrale de Saintes. Une seule voûte vient partager ce clocher, isolant en bas la chapelle du reste de la tour.

En visitant Moëze, on ne saurait manquer d’aller voir dans le cimetière, la Croix hosannière, monument atypique d’une Renaissance pleinement accomplie. Cette énigmatique construction est bel et bien catholique, l’inscription qui court sur son architrave : « Pueri Haebraeorum portantes Ramos olivarum », faisant directement allusion à la liturgie du dimanche des Rameaux, vient l’attester. La maigre pyramide surmontée d’une croix est sans doute un ajout tardif.

On ignore comment la construction devait initialement s’achever. Mais, après tout, est-elle bien inachevée ? Son allure de tempieto antique n’est-elle pas pleinement en accord avec les idées nouvelles qui arrivent alors d’Italie ? Une datation au-delà des années 1540 ne paraît pas possible, car les choses allèrent vite au Pays des Isles : déjà en août 1558, le procureur général de Bordeaux est informé que « de grands scandales se commettent en la religion » dans la châtellenie de Soubise. La messe n’est plus célébrée à Moëze, et un ministre y prêche la « nouvelle opinion »…

Après les guerres civiles, à la fin du siècle, le catholicisme est réimposé dans la région, mais il est exsangue ! En 1597, le curé Pierre du Rochet ne parvient pas à s’installer : il est insulté et battu par ses paroissiens. L’église est en ruine, aucun service ne s’y étant fait depuis trente ans ; les revenus de la fabrique ont été captés par des huguenots : la reconstruction sera longue et difficile… Reste le clocher !

Père Yves Blomme

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