Saint Jean d’Angle | Diocese La Rochelle
j-aide-mon-eglise annuaire-diocese

Saint Jean d’Angle

Saint Jean d’Angle, aujourd’hui à l’écart de la route qui mène de Rochefort à Royan, possède un patrimoine intéressant en même temps que diversifié. Le château féodal, à l’ouest du bourg, a retrouvé son lustre. Les maisons gothiques du village et la halle en bois attestent encore de l’ancienne opulence de cet ancien port saunier, qui vit au XVIème siècle l’ascension sociale de la famille Lequeu, négociants en sel. L’église est d’un exceptionnel intérêt.

On peut dire que, du XIIème au XVIème siècle, chaque époque est venue y apporter sa touche, accompagnant les multiples agrandissements rendus nécessaires par une expansion démographique provoquée par la prospérité. Et pourtant, ce kaléidoscope de styles divers n’est en rien roman !

Presque en rien faudrait-il mieux écrire, car il subsiste le noyau central autour duquel tout a grandi  : une coupole sur trompres nettement barlongue, qui porte les restes de l’ancien clocher du XIIème siècle (visible des combes). Celui-ci dut être abattu lors de la guerre de Cent Ans. Une médiocre arcade à cloche le remplaça en attendant la construction de la somptueuse tour renaissance.

L’abside offre un bel et rare exemple de terminaison polygonale en gothique primitif : il en subsiste le pan nord (aveugle), les piles engagées et la voûte... A partir de là, les remaniements, agrandissements et mises au goût du jour n’ont plus cessé : ainsi ces chapelles de la fin du XIIIème ou du XIVème siècle construites au sud puis au nord du chœur.

L’église, qui ne peut se développer en longueur à cause de la densité de l’habitat médiéval dans le bourg, s’étend en largeur en empiétant sur la rue : les annexes nord sont prolongées au XVème siècle par deux travées de collatéral au flanc sud de la nef. La prospérité revenue, ainsi que le concours de la famille de Saint-Gelais, allaient bientôt reposer la question du clocher.

Une formidable tour est ainsi élevée à l’ouest, obstruant sans ménagement l’ancien portail gothique. La présence des maisons obligea à ouvrir la grande porte vers le nord. Les contreforts d’angle, à retrais diagonaux, s’ornent de pinacles, d’accolades, de crochets de chou, ainsi que de délicieuses petites niches hémicylindriques à coquilles Renaissance, veuves de statues qui ne les occupèrent sans doute jamais.

Nous sommes au cœur du XVIème siècle. Au sommet, quatre trompes amorties par des coquilles permettent le passage au plan circulaire. Plutôt qu’une flèche, c’est à un lanternon Renaissance, semblable à ceux de Fléac et de Saint-Fort-sur-Gironde, que nous songeons pour l’achèvement de l’ouvrage.

Un achèvement qui n’eut sans doute jamais lieu... Les deux voûtes qui devaient partager la tour sont aujourd’hui ruinées, et une fort modeste cloche, datée de 1768, se balance dans ce clocher bien trop grand pour elle.

Le temps parait s’être arrêté à Saint-Jean-d’Angle. Les guerres civiles du XVIème siècle sont venues là stopper une expansion qui se traduisait par une somptuosité architecturale sans cesse en évolution.

Père Yves Blomme

Menu