L’émotion était présente dimanche 29 juin dans une cathédrale de La Rochelle comble. Une messe d’action de grâce a été donnée en l’honneur du départ des sœurs Ursulines de Jésus de Chavagnes et des sœurs de la Providence, installées à La Rochelle. La cérémonie était présidée par l’évêque de La Rochelle et Saintes, Mgr Bernard Housset (lire son homélie ci-dessous).

Les soeurs de la Providence en 2007Ces deux communautés religieuses ont marqué le diocèse. Les sœurs Sainte-Marie de la Providence de Saintes ont assuré une présence attentive aux enfants durant plusieurs décennies. A La Rochelle, elles étaient 3 soeurs en retraite installées au 43 rue Albert 1er. Deux vont rejoindre leur maison mère à Saintes au 1, esplanade du Capitole, tandis qu’une autre partira vivre à Aulnay.

Les sœurs Ursulines de Chavagnes-en-Paillers (Vendée), se sont quant à elles implantées à La Rochelle en 1835. Elles vivaient au Centre Saint Eustelle au 3, rue des Augustins. Sœur Bernadette Badet s’installera à Mouilleron-en-Pareds (85), et sœur Renée Durand à Saint-Jean-de-Monts (85). Sœurs Bernadette Chevreau et Etiennette Le Pennuisic rejoindront leur maison mère de Vendée à Chavagnes-en-Paillers.


L’homélie de Mgr Housset

Homélie prononcée en la cathédrale Saint Louis de La Rochelle – dimanche 29 juin 2014 pour la messe d’action de grâce à l’occasion du départ des sœurs de la Providence et des Ursulines de Chavagnes

« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle » (Mt 16,19). Cette affirmation du Christ, prononcée il y a bientôt 2000 ans, est toujours valable. Elle nous rassemble au moment où une page se tourne pour les congrégations de la Providence et des Ursulines de Chavagnes. Nos regrets et notre tristesse se comprennent. Ils sont légitimes. Mais l’espérance est la plus forte.

Merci à ces religieuses qui, durant tant d’années et même des siècles, ont participé à la construction de l’Eglise du Christ à La Rochelle. En particulier par les services rendus à tant d’enfants et de jeunes pour leur éducation. En essayant, non par un dressage, mais par un développement des capacités de chacun, de lui permettre de devenir lui-même. En faisant ainsi pressentir que la réponse à l’appel du Seigneur mis en pratique sur le chemin de l’Evangile conduit au vrai bonheur.

Notre merci devient une action de grâce à Dieu pour tout ce dévouement des religieuses, cette générosité déployée, jour après jour, cette attention aux personnes, particulièrement des plus pauvres, ce souci de la dignité de chacun, puisés dans la prière et l’Eucharistie quotidiennes.

Ces religieuses ont répondu à l’Amour du Christ Incarné par leur vie consacrée en communauté. La vie consacrée est et sera toujours nécessaire à l’Eglise. Si la plupart des congrégations n’ont plus de vocations en Europe, nous ne devons pas nous décourager. Comme à d’autres périodes de mutation de société, l’Esprit-Saint travaille et agit pour des figures renouvelées de vie religieuse. Comme il travaille et agit, avec le concile Vatican II, pour renouveler la figure de l’Eglise tout entière. Un signe d’espérance n’est-il pas donné par ces laïcs associés à certaines congrégations ? Ces laïcs, dans leur vie courante, pratiquent le charisme de la congrégation. Ne préparent-ils pas une autre manière de le vivre ? Les figures des congrégations passent comme des figures d’Eglise. Mais, ni l’Eglise, ni la vie consacrée, dans leur identité profonde, ne peuvent mourir puisque « la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle ».

Une telle affirmation du Christ ne concerne-t-elle pas aussi les bâtiments de la rue des Augustins ? Lieu d’Eglise depuis sept siècles, c’est le dernier des cinq couvents du diocèse que les sœurs sont contraintes de quitter. Fallait-il le vendre à un promoteur immobilier pour y établir une résidence de grand luxe ? Non, c’eût été la solution de facilité. Ne fallait-il pas plutôt tout essayer pour que le service de l’Evangile puisse continuer ?

Deux solutions ont été recherchées mais n’ont pu être retenues, faute de moyens financiers : un foyer catholique d’étudiants avec le Chemin Neuf, communauté animant l’abbaye de Sablonceaux, puis des logements sociaux avec une association relevant du Secours Catholique.

Une troisième solution s’est avérée possible avec Habitat et Humanisme. C’est une association fondée par le père Bernard Devert, prêtre du diocèse de Lyon. Elle rénove des bâtiments anciens pour y établir des logements multi-générationnels. Bien entendu, le Secours Catholique continuera d’y avoir son accueil de jour.

D’autre part, pour que le caractère évangélique puisse être manifesté explicitement, le diocèse étudie la possibilité d’acquérir quelques appartements, en fonction de ses moyens financiers qui sont modestes. Une souscription d’ailleurs pourrait être envisagée. S’y établiraient un béguinage, qui rassemble quelques personnes désireuses d’une vie spirituelle et deux appartements pour accueillir des femmes enceintes en difficulté et agir ainsi contre les causes de l’avortement.

Enfin, nous cherchons de quelle manière la chapelle et le cloitre continueraient d’être des lieux de gratuité et d’intériorité. Ils seraient proposés à des personnes qui recherchent des moments de calme et de méditation au cœur de leurs activités situées au centre-ville de notre agglomération.

Bien entendu, créer du neuf n’est pas facile. Il y faut de l’imagination, du courage et de l’espérance. Mais la première lecture de cette fête des saints Pierre et Paul (Actes 12, 1-11) ne nous montre-t-elle pas que Dieu est plus fort que toutes les soi-disant fatalités ! Si Pierre a été libéré, c’est qu’aucun obstacle ne peut arrêter la marche de l’Evangile. Que cette assurance nous anime pour aller de l’avant et préparer ensemble l’Eglise de l’avenir.
Amen.

+ Bernard Housset
Evêque de La Rochelle et Saintes