Homélie de Mgr Colomb – Ordination diaconale de Louis Chasseriau

Publié le 10 mai 2018

Ordination diaconale en vue du presbytérat de Louis CHASSERIAU

Homélie de Monseigneur Georges COLOMB Évêque de La Rochelle et Saintes

Église Notre Dame de Royan   13ème dimanche  1er juillet 2018 –  

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui est un jour de fête pour tout le diocèse, et un jour d’action de grâce pour le don joyeux que fait de sa vie au Christ Seigneur, Louis, que je vais ordonner diacre en vue du sacerdoce au cours de cette messe. Le diacre reçoit dans l’ordination le don de l’Esprit Saint qui le fortifie pour être le serviteur de tous.

Cher Louis, Durant votre formation au Séminaire des Carmes à Paris, puis au Séminaire Français de Rome, vous avez pu découvrir et approfondir les réalités de la Foi ; vous avez participé chaque jour à la vie liturgique de l’Eglise ; vous avez expérimenté ce qu’est la vie fraternelle et vous avez fait vos premiers pas dans la pastorale. Par l’imposition de mes mains, qui est depuis les Apôtres, le geste de l’ordination, vous aurez comme tâche spécifique la prédication de la Parole de Dieu, la préparation de l’Eucharistie, la participation aux célébrations liturgiques, le service des frères que vous accomplirez en communion avec moi et les prêtres.

Votre ordination diaconale est une étape avant d’être ordonné prêtre. Vous allez vous engager aujourd’hui au célibat, à la prière quotidienne de la liturgie des heures, la prière de l’Église, et vous allez promettre obéissance à l’évêque : Le Célibat : En renonçant au mariage et à fonder une famille, vous manifestez aux yeux de tous, que le Seigneur Dieu devient votre héritage, votre célibat librement choisi rend crédible l’existence du Royaume de Dieu. Si le Seigneur est votre part d’héritage, il faut qu’Il soit votre préoccupation principale. C’est pourquoi vous assumerez la prière de l’Église, la Liturgie des heures,  en communion avec tous les clercs et les consacré(e)s. Vous allez vous engager à servir l’Église en promettant obéissance à l’évêque et à ses successeurs pour l’exercice de la mission qui vous sera confiée et que vous vivrez en communion avec lui.

Le livre de la sagesse, comme les premiers chapitres de la Genèse, traite de la vie et de la mort, de la relation des hommes avec Dieu. Les Juifs sont nourris de toute l’expérience religieuse d’Israël, au contact du monde païen et ils montrent leur optimisme « Ce qui naît dans le monde est bienfaisant, porteur de vie», nous rapporte le livre de la Sagesse. Le livre de la Genèse dit la même chose « et Dieu vit que cela était bon » ; Oui, Dieu a fait de l’homme une image de ce qu’il est lui-même, cela nous fait penser à la création de l’homme à la ressemblance de Dieu dans le livre de la Genèse. Il ne nous reste plus qu’à tirer les conséquences de cette ressemblance : nous sommes des vivants, nous sommes faits pour vivre et pas n’importe comment ! C’est ce que vous avez fait, Cher Louis, en vous préparant au sacerdoce pour devenir prêtre diocésain. Notaire Vous étiez et vous avez quitté l’honorable position de maître pour approfondir et discerner votre vocation de disciple. A un tableau de maître sur lequel figurait votre nom, vous avez préféré vous inspirer du jeu des lumières et des ombres des tableaux du Caravage pour répondre à l’appel du Seigneur à la suite de saint  Matthieu.

Vous avez goûté à la liberté de l’évangile et vous avez choisi ! On ne peut pas servir deux maîtres, vous avez privilégié le chemin qui permet de réussir sa vie à celui qui permet de réussir dans la vie.

Je vous recommande de vivre le conseil que notre Saint Père, le Pape François, donnait à des ordinands en s’inspirant du rituel de l’ordination : « Lisez et méditez avec assiduité la parole du Seigneur, pour croire ce que vous avez lu, pour enseigner ce que vous avez appris et pour vivre ce que vous avez enseigné. » (Homélie du 24-4-15).

Faites-le avec joie, parce qu’il vous faudra rappeler « à temps et à contre temps » que suivre le Christ, c’est vouloir que la vie triomphe. D’ailleurs, dans la Bible, Dieu se montre sans cesse comme celui qui accompagne son peuple, le délivre de ses ennemis, le sauve, jusqu’au jour où Il envoie son Fils dont le nom est «Jésus», c’est-à-dire « Sauveur ». De Lui nous recevons le Salut et la vie. La vie triomphe avec Jésus Christ c’est ce qu’illustre le passage de l’Evangile de ce dimanche. Il nous présente une femme qui n’en peut plus de supporter depuis douze ans des pertes de sang qui l’épuisent. Elle réussit à toucher le vêtement du Christ avec Foi : elle est guérie. Elle découvre alors qu’elle est aimée de Dieu. La force de son amour l’habite. Elle comprend qu’elle n’est pas faite pour la mort mais pour partager la vie donnée par Dieu.

Cher Louis,

En donnant l’amour de Dieu à ceux dont vous croiserez le chemin, vous ferez des hommes et des femmes debout. Ils découvriront qu’ils sont aimés de Dieu. Ce sera parfois la première expérience d’amour pour eux. Pensez à ces prisonniers qui circulent d’un établissement pénitentiaire à l’autre. L’examen de leur dossier au Parquet nous montre, pour un bon nombre parmi eux, que, dès leur enfance, le manque d’affection, le manque d’éducation les préparaient pour la prison ! Faites leur toucher le Christ par la Parole de Dieu !

Comme les Juifs furent confrontés à la sagesse grecque lorsque le livre de la sagesse, notre première lecture, est écrit à Alexandrie, vous avez perçu à l’université, dans le monde du travail que la foi chrétienne, qui façonne et oriente votre vie, est confrontée au post-modernisme. Nos sociétés sont en crise, crise économique et financière parfois, mais pas seulement, crise de la raison, crise de la religion, crise de l’homme, dont l’identité est remise en question. La société met tellement l’accent sur les droits de l’individu, que les droits de l’homme sont menacés, surtout les droits des plus petits, des plus fragiles, des plus vulnérables. L’individu prend le pas sur la personne ! La conception de l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu cède le pas à l’homme aux droits illimités. Ce qu’il veut est légitime. Son désir est normatif. Curieuse conception de la liberté qui ne s’arrête plus là où celle de l’autre commence, curieuse conception de la vie sociale d’où la recherche du bien commun ne semble plus être une préoccupation. Toute l’ossature d’un monde est remise en question. Il n’y a plus de droit naturel, il n’y a plus que des droits individuels illimités et générateurs de conflits. Vous mesurez l’ampleur de la tâche, le défi que représente l’annonce de l’évangile dans une société indifférente à la question du sens de la vie et qui ignore l’anthropologie chrétienne.

Par votre ordination vous serez signe de la présence et de la sollicitude du Christ Bon Pasteur pour  soutenir, aider, aimer ceux qui souffrent. Votre ministère diaconal vous fera découvrir de très belles réalisations humaines. Sachez les reconnaître, les admirer dans la simplicité de tant de vies simples et humbles.

Il vous fera côtoyer aussi bien la sainteté que le péché et vous conduira là où le cœur et le regard du Christ ouvrent l’accès au Royaume à des personnes que la société internationale relègue. Je veux citer ceux qui sont persécutés en raison de leur opinion, de leur croyance, parfois de leur appartenance à une ethnie et qui trouvent refuge en Europe, ceux qui restent dans la tristesse et la détresse. La liste est longue ! Comme les bonnes choses qui ne font pas de bruit, les plus grandes misères ne font pas parler d’elles. Il vous appartiendra d’exercer votre regard et votre discernement pour ce service du frère, surtout de celui dont ne parlent pas les médias.

Mais les misères de ce monde ne sont pas seulement matérielles, elles sont aussi spirituelles. Parmi nos contemporains, nombreux sont ceux qui sont perdus, qui n’ont pas de repères. Aux uns, le diacre que vous serez apportera l’aide dont ils ont besoin pour vivre, aux autres, par l’annonce de l’évangile, vous ferez rencontrer le Christ, maître de la vie. Vous serez le porteur d’espérance qu’ils n’ont trouvée nulle part. Vous donnerez un sens à leur vie !

Que l’apôtre Paul vous inspire ! En effet, il s’est consacré à l’évangélisation des païens et a toujours manifesté le souci de rester attaché à l’Eglise mère de Jérusalem, on se souvient que lors de ce que l’on a appelé l’assemblée de Jérusalem, il s’engagea solennellement à rester solidaire des autres apôtres. Dans la lettre aux Galates, nous suivons Jacques, Céphas et jean envoyés vers les circoncis, Paul et Barnabé envoyés aux Païens, et Paul ajoute « nous aurions aussi à nous souvenir des pauvres, ce que j’ai eu le soin de faire ». Dans la lettre aux Corinthiens qui est proposée à notre méditation aujourd’hui, Paul s’appuie sur un argument théologique en nous disant « vous connaissez en effet la générosité de notre Seigneur Jésus Christ qui, pour vous, de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour vous enrichir de sa pauvreté ». Si Paul insiste, c’est que les belles promesses ne suffisent pas ». Il s’agit d’égalité », précise Paul. Bel apprentissage de l’équilibre social dans l’usage des richesses, belle invitation à se faire pauvre, chacun à notre tour par la sobriété de notre vie et le partage.

Frères et Sœurs,

La résurrection de la fille de Jaïre dont nous parle l’évangile est une image et un avant-goût de notre résurrection. C’est à toute l’humanité qu’un jour le Sauveur dira : « Talitha koum, lève-toi » ! Une seule condition est posée pour participer à cette puissance de guérison et de résurrection de Jésus, il faut y croire ! « Ma fille ta foi t’a sauvée » ; ainsi qu’il s’agisse d’un homme recommandable comme le chef de synagogue ou bien d’une femme considérée comme impure à l’autre bout de la chaîne, chacun a droit au salut. Jésus combat toute exclusion. Cependant il nous laisse libres : croire ou prendre le parti des moqueurs, comme l’écrit Saint-Marc, « se ranger dans le parti de la mort », dit le livre de la Sagesse. Vous avez choisi le parti de la vie, donnez la en abondance à tous, du plus bas au plus haut de l’échelle sociale. Le Christ, en venant dans le monde proclame que le but de sa mission est que tout homme qui croit en Lui « ne périsse pas, mais ait la vie éternelle.». Vous aurez à témoigner de Celui qui a terrassé la mort et qui aux heures d’épreuves donne à notre tristesse et à nos doutes les couleurs de l’Espérance, parce que la mort du Christ sur la Croix n’est pas la victoire de la mort sur la vie, mais l’affirmation de la victoire de l’Amour sur la mort. Nous sommes promis au bonheur éternel, et appelés à entrer dans la paix et la lumière de Dieu. C’est cela la joie de l’Evangile !

Par votre ordination vous serez signe de la présence et de la sollicitude du Christ Bon Pasteur pour  soutenir, aider, aimer ceux qui souffrent. Vous saurez réconforter avec délicatesse et doigté ceux qui ploient sous le fardeau de la tristesse et de la détresse et qui désespèrent de Dieu et de l’homme. A ce sujet rappelez-vous les paroles du Cardinal Veuillot archevêque de Paris, atteint d’un cancer en phase terminale, qui confiait à son ami, Mgr Marc Lallier, archevêque de Besançon : « Nous savons faire de belles phrases sur la souffrance. Moi-même, disait-il, j’en ai parlé avec chaleur. Dites aux prêtres de n’en rien dire : nous ignorons ce qu’elle est».

Frères et Sœurs, Le Christ, en venant dans le monde proclame que le but de sa mission est que tout homme qui croit en Lui « ne périsse pas, mais ait la vie éternelle». L’Eucharistie que nous célébrerons après le sacrement de l’ordination manifeste la réalité de cet Amour que vous partagerez.                                     

Dans l’Évangile, le Christ dit que c’est à ceux qui ressemblent aux enfants qu’appartient le Royaume de Dieu ! Avant de mourir, Bernanos eut ce propos admirable : «Il faut que je retrouve l’enfant qui sommeille au fond de moi, car lui seul peut être sauvé».

Par vos mains, par votre cœur, par votre vie donnée, l’Église sera invitée à la suite de son Seigneur à devenir servante du Christ et de l’humanité appelée à entrer dans le Royaume. Sachez réveiller l’enfant qui sommeille dans le cœur des hommes !

Dans votre ministère, restez  proche de la Vierge Marie, « la Comblée de grâce » qui est « la servante du Seigneur », modèle et inspiratrice des disciples et des serviteurs de son Fils, à qui vous allez être configuré. 

Amen.

+ Georges Colomb
Évêque de La Rochelle et Saintes