Homélie donnée par Dom Patrick Olive à l’occasion du pèlerinage diocésain à l’Ile Madame

Publié le 25 août 2019

Entré à l’abbaye trappiste Notre-Dame de Sept-Fons (en Auvergne) en 1969, Dom Olive fait sa profession en 1972, avant d’être ordonné prêtre en 1975. Depuis 1980, il est Père-Abbé de l’abbaye. Monseigneur Colomb l’a invité a participer au pèlerinage de l’île Madame le 24 août 2019.


Homélie donnée par Dom Patrick Olive à l’occasion du pèlerinage diocésain à l’Ile Madame, samedi 24 août 2019

Il y a plus de deux cent ans, l’appel du Christ que nous venons d’entendre a retenti dans le cœur de plusieurs centaines d’hommes qui avaient été déportés ici à cause de leur fidélité à leurs engagements. En s’engageant au service du Christ et de l’Eglise, dans un contexte qui faisait d’eux des hommes établis, des notables, ou pour certains, en se consacrant à Dieu par la  profession religieuse dans laquelle ils espéraient vivre toute leur vie, ils ne se doutaient pas de la tournure dramatique que prendrait leur existence, mais quand le moment de l’épreuve arriva, ils furent trouvés en train de veiller, ils reçurent comme un appel de Dieu les terribles épreuves auxquelles ils furent soumis et ils y répondirent par une foi et une charité héroïque.

A deux cent ans de distance, leur exemple parle encore à nos cœurs puisque nous sommes rassemblés ici ce matin ; nous espérons recevoir d’eux non pas une leçon mais un exemple de vie pour que nous puissions, nous aussi, être trouvés vigilants à l’heure voulue, en bons et fidèles serviteurs du Seigneur Jésus.

La première lecture de cette messe nous donne une précieuse indication sur la bonne attitude du véritable serviteur de Dieu : c’est celui qui a l’oreille fine, qui sait reconnaître quand on frappe à sa porte et qui ouvre sans retard pour accueillir l’hôte de passage et partager avec lui son repas.

Nous avons tous qu’il y a, dans nos vies, de nombreuses occasions manquées ; que nous avons, bien des fois fait la sourde oreille aux invitations de Dieu ; que nous avons parfois détourné les yeux des besoins de nos proches pour ne pas être dérangés.  Or l’exemple des martyrs des Pontons nous montre le bonheur qu’il y a à se dévouer pour les autres, la grandeur de cette charité simple et efficace que tous peuvent pratiquer parce que sa source ne se trouve pas dans nos pauvres ressources mais parce qu’elle est un don de Dieu qui nous la prodigue en abondance si nous la lui demandons et si nous ouvrons large notre cœur pour la recevoir. Nous sommes les véritables gagnants du bien que nous prodiguons aux autres, comme l’illustre la sainteté des prêtres déportés que mains récits nous rapportent. Ils furent de véritables veilleurs et nous pouvons le devenir nous aussi à leur suite.

Devenir veilleur, c’est avant tout rester attentifs à la présence de Dieu qui, lui, nous est toujours présent. Ne pas laisser passer une journée sans nous tourner vers lui pour lui rendre grâce de ses bienfaits ou  pour l’implorer dans nos détresses et pour celles des autres.

Devenir veilleur, c’est chercher en toute occasion à donner vie au message d’amour et de paix que le Christ est venu apporter à tous les hommes. Dans notre famille, dans notre pays, dans nos relations, apprendre à discerner et à reconnaître quelle est la véritable attitude chrétienne, le dire et la mettre en pratique quoi qu’il en coûte.

Devenir veilleur c’est grandir dans l’attention aux besoins de ceux qui nous sont proches ou plus lointains et mettre en œuvre ce qui est possible pour les aider, soulager leurs peines et promouvoir leur bien.

Rien ne prédisposait les martyrs de Rochefort à devenir des témoins de leur foi au prix de leur vie mais quand le moment fut venu de témoigner, ils ne se dérobèrent pas à la tâche car ils comprirent, clairement ou confusément, qu’il se jouait là ce qu’il y a d’essentiel dans la vie humaine : la possibilité de répondre à l’amour de Dieu par un amour reçu de lui et qui seul peut combler l’homme.

Ce message, ils nous le confient aujourd’hui pour que nous soyons à notre tour témoins et passeurs de cette bonne nouvelle : l’homme est fait pour rencontrer Dieu, Dieu lui donne de quoi construire cette relation, le vrai bien de tous n’est assuré que si ce message passe au plus grand nombre et nous sommes appelé à être aujourd’hui ces passeurs.

Comme il existe un moment favorable pour passer à pied sec de Port-des-Barques à l’Ile Madame, il existe aussi un moment favorable pour choisir de se tourner vers Dieu et nos frères : pour nous, ce moment c’est maintenant, reconnaissons-le et avançons, Dieu ne déçoit jamais ceux qui mettent en lui leur espérance !

Dom Patrick Olive

Célébration pénitentielle

Commencer cette journée de pèlerinage par une célébration de réconciliation signifie que nous comprenons clairement notre situation : celle d’hommes pécheurs qui ont un intense besoin d’être réconciliés avec Dieu.

Il n’y a, dans cette attitude, aucun sentiment malsain, il ne s’agit pas d’une culpabilité qui cherche un soulagement ou pire, une sorte de secrète satisfaction à détailler nos misères ou nos maux. Il s’agit, au contraire, d’entrer dans le mouvement d’une joyeuse libération dont le premier pas consiste précisément à prendre conscience du besoin fondamental et impérieux qui est le nôtre d’être libérés. Libérés de quoi ? Libérés de tout ce qui nous enferme en nous-mêmes et nous empêche de nous reconnaître fils prodigues très aimés d’un Père qui nous attend les bras ouverts.

Pour entrer dans cette attitude, nous avons besoin de deux choses : l’humilité et l’espérance.

L’humilité qui nous garde du danger toujours renaissant de nous croire plus malins que nous ne le sommes en réalité.

L’espérance qui nous permet de ne jamais céder au démon du découragement. Oui nous sommes faibles, oui il nous arrive de céder à cette faiblesse mais Dieu est plus persévérant à nous pardonner que nous à pécher. Ce qui l’intéresse, si l’on ose dire, ce ne sont pas les chutes mais les relèvements pour lesquels sa grâce ne nous fait jamais défaut.

Les saints martyrs que nous célébrons aujourd’hui et tous ceux qui ont passé par la même épreuve en sont pour nous le témoignage toujours vivant : si notre cœur s’ouvre à sa miséricorde, Dieu ne nous abandonne jamais. Si nous accueillons cette miséricorde et ce pardon, nous entrons peu à peu dans le bonheur vrai : celui d’être des fils pardonnés et joyeux de recevoir ce pardon.

Méditation à la Croix des galets

Ce matin, nous avons accompli une démarche de pénitence qui nous a permis de nous reconnaître pauvres et tout entiers dépendants de la grâce purifiante de notre Dieu. Nous avons ensuite célébré, dans l’Eucharistie, le mystère de notre salut et de celui de tous les hommes en nous unissant à la mort et à la résurrection du Christ. Après avoir rendu grâce pour le salut ainsi offert à tous, nous voici maintenant en ce lieu où nos frères déportés ont rendu leur suprême témoignage de fidélité au Seigneur en qui ils avaient mis leur foi.

Cette démarche de foi du pèlerinage constitue pour nous un véritable engagement, comme l’Évangile vient de nous le faire entendre. Nous sommes aujourd’hui les témoins de l’Évangile du salut comme nos frères l’ont été il y a plus de deux siècles ; comme eux, nous croyons que la vie humaine n’a de sens que si elle est tournée vers celui qui nous en a fait don et si elle se déroule en cohérence avec ce don reçu. Nous savons, même si c’est parfois assez confusément que, de cette foi, découlent des attitudes concrètes dans notre vie quotidienne personnelle et sociale, nous savons que maintenir cette cohérence est difficile et peut parfois devenir héroïque mais nous croyons également deux choses : que Dieu ne demande jamais rien sans donner aussi ce qu’il faut pour l’accomplir et qu’il n’abandonne jamais ceux qui mettent en lui leur foi. Nous croyons enfin fermement que ces certitudes que nous avons reçues par la foi sont un bien non seulement pour nous mais pour tout homme et que nous n’avons rien de mieux à faire que de les faire connaître autour de nous pour que ce bien qui nous a été confié serve aussi à d’autres comme une lumière transmise qui se répand et grandit.

Le Seigneur Jésus a envoyé ses apôtres porter à tous ce message d’espérance, nos martyrs en ont été le relai, ô combien efficace, à nous maintenant d’entrer dans cette succession pour notre vrai bonheur et celui de tous. C’est le sens du geste symbolique du dépôt des galets. Puisse-t-il exprimer notre volonté décidée de nous inscrire dans la lignée des vrais témoins du Christ qui ont trouvé en lui le sens de leur existence et qui ont rayonné autour d’eux de cette découverte sans prix.

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