Homélie donnée par Mgr Colomb dimanche 12 janvier 2020

Publié le 13 janvier 2020

Le Baptême du Seigneur – Fête
(Is 42, 1-4.6-7; Ps 28 (29), 1-2, 3ac-4, 3b.9c-10;Ac 10, 34-38; Mt 3, 13-17)

A la suite des bergers et des mages, nous avons reconnu en l’enfant de la crèche le Sauveur annoncé par les prophètes, attendu par Israël. Mais qui est-il vraiment cet enfant? De quel mystère est-il porteur pour que nous reconnaissions en Lui le Messie désiré, attendu, espéré ?
Voici grâce à l’épisode du baptême de Jésus, que quelque chose de la nature de Dieu nous est révélé. Dieu unique ne peut que nous surprendre ! Cette révélation apporte un éclairage incomparable sur la grâce de notre baptême.

Un Dieu qui surprend (Jésus parmi les pécheurs)
Les prophètes de l’Ancien Testament avaient bien compris que Dieu, quand il s’approche de l’homme, bouleverse tous les codes, pulvérise tous les schémas. Il est le Tout autre, et si rien de ce qui est humain ne lui est étranger, il nous faut apprendre à le reconnaître dans l’inattendu.
Là où l’homme attendrait une manifestation de toute puissance, voici que s’approche celui qui ne crie pas, celui qui respecte toute chose, tout être, particulièrement le plus vulnérable. Celui-là nous dit le prophète est l’élu. Pourtant Jean Baptiste se laisse surprendre: » C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Le trouble de Jean Baptiste est aussi le nôtre. Quel sens donner à ce baptême que Jésus réclame à Jean-Baptiste? Pourquoi baptiser celui qui ignore le péché? Le trouble de Jean Baptiste au début de la vie publique de Jésus est comme une préfiguration du trouble qui saisira Pierre au moment ultime de la Pâque. « Comment Seigneur, toi me laver les pieds ? Jamais » (Jn 13)

Et pourtant, nous avons contemplé, à la suite des bergers et des mages, dans l’enfant de la crèche, le Dieu sauveur envoyé aux nations, et parmi elles, vers les plus humbles, les plus pauvres, les bergers avant les mages. Le baptême de Jésus nous révèle à présent la plénitude de la nature de cet enfant. Le ciel se déchire et la voix du Père se fait entendre. Les promesses s’accomplissent « voici mon serviteur « disait Isaïe, « Celui-ci est mon fils bien aimé » dit Dieu.
Le monde privé de la grâce voit le lien entre le Ciel et la terre se renouer par l’incarnation du Fils.
Il fallait que Jésus se mêle à la foule des pécheurs en marche vers les eaux du Jourdain pour recevoir comme eux un baptême de conversion pour que soit renoué ce lien vital pour chacun de nous : le lien de l’Alliance rompu par le péché .
Que nous dit Jésus ? Il nous dit qu’il marchera toujours avec celui qui accepte de recevoir la lumière de Dieu pour éclairer ses faiblesses, ses manquements, ses pauvretés car Dieu n’a pas abandonné son peuple, Dieu ne nous abandonne pas dans la nuit du péché. Il suffit de prendre humblement sa place dans la longue file des pécheurs, des malades, des boiteux, des aveugles, des « losers », dans la file de ceux qui savent en vérité qu’ils ne pourront pas se sauver eux-mêmes et qui attendent patiemment de recevoir un baptême de conversion au temps de Jean Baptiste, le baptême dans la mort et la résurrection du Christ pour nous.

Lui Jésus, le sans péché, ressort des eaux du Jourdain chargé de tous nos péchés pour que nous soyons restaurés dans notre dignité d’enfants de Dieu.
Il faut à Jean-Baptiste beaucoup d’humilité pour comprendre quelque chose de l’humilité de Dieu ! « ll convient que nous accomplissions ainsi toute justice  » dit Jésus à Jean-Baptiste et à Pierre il répondra :  » Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. « 
Voilà le mystère de la nature du Dieu fait homme : il veut s’inscrire en vérité dans l’histoire de l’humanité pour la hisser dans l’éternité. Dieu prend l’homme au sérieux !

Savons-nous « laisser Dieu faire » dans nos vies ? Faire sa volonté et non pas la nôtre? Il y faut la patience de toute une vie, mais petit à petit, apprenons à nous effacer, comme Jean-Baptiste a su le faire. Et c’est vrai que Jean Baptiste avait de quoi être surpris ! Où était le Messie guerrier terrassant ses ennemis  » à main forte et bras étendu » ( ps 136) dont parlent les psaumes.
Nous aussi nous aimerions, parfois, un Dieu fort, un Dieu guerrier ! Et c’est vrai que Dieu est puissant, comme en témoigne le psalmiste. Il est capable de déchaîner le tonnerre, de dominer les eaux, d’éblouir par sa gloire et sa puissance. Mais ce n’est pas ce visage de Dieu que Jésus nous révèle.
Zeus n’est pas le Dieu des chrétiens ! Notre Dieu est Dieu pauvre, humble, qui ne rechigne pas à cheminer avec les pécheurs, à manger avec eux, à les aimer.
Car il faut, pour sauver ce monde, aller chercher les hommes un par un, les prendre par la main faire le bien et les guérir, nous disent les Actes des Apôtres.

Le Baptême qui nous sauve pour le salut du monde
Car Jésus peut vivre parmi les pécheurs, il le doit même, c’est sa mission puisqu’il est venu pour nous guérir. C’est la plénitude de sa grâce que nous avons reçue dans le baptême de l’Eglise, bien plus grand, plus efficient que le baptême de conversion de Jean.
Comme Jésus nous pouvons entendre la voix du Père qui nous appelle et nous rétablit dans notre dignité. Fils et filles, nous sommes aimés et sauvés dans la plus parfaite gratuité.
Si nous avons des combats à mener, et certes nous en avons beaucoup, ce n’est pas pour une conquête athlétique de la vie éternelle, elle nous est donnée ! Ce n’est pas pour vaincre à la force du poignet notre nature pécheresse, nous sommes pardonnés !
Ne perdons pas notre temps dans de vains combats ! Ce que Dieu, qui nous a tout donné dans le baptême, attend de nous, c’est d’être pour le monde, dans nos communautés, dans nos familles, sur notre lieu de travail, dans nos activités de loisir, des signes de paix, de fraternité, des porteurs joyeux et humbles de la Bonne Nouvelle.
De même que pour Jésus au Jourdain la voix de Dieu qui se fait entendre manifeste aux yeux de tous sa filiation divine, de même notre propre baptême doit faire de nous des signes pour le monde.
Nous devons prendre notre place dans ce monde parmi les pécheurs, comme Jésus au bord du Jourdain. Nous devons prendre notre place dans la mission de l’annonce de la Bonne Nouvelle car celle-ci traverse nos vies, traverse tout notre être pour rayonner sur le monde.
L’Esprit saint, qui repose sur Jésus à son baptême, repose sur nous et nous pousse à vivre en disciples missionnaires. Pour cela, nous le laissons se manifester, et nous nourrissons notre vie des sacrements de l’Eglise, de la prière, de l’oraison. Au Jourdain, ce n’est ni Jésus ni Jean-Baptiste qui parlent, mais l’Esprit de Dieu.
Quels étaient les fruits portés par Jésus: « là où il passait, il faisait le bien, et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du Diable ». Bien sûr, nous n’avons pas le pouvoir de Jésus. Bien sûr, nous serons toujours de pauvres pécheurs en chemin vers la conversion…tout cela nous le savons et Dieu le sait mieux encore que nous!
Mais nous sommes dépositaires du trésor de la foi et ce trésor nous transforme, nous « façonne » dirait Isaïe. L’Évangile de ce jour est comme baigné de l’amour de Dieu, de sa tendresse, de sa patience et de son humilité.
Essayons chaque jour de cette année toute neuve de nous mettre à l’écoute de cette tendresse, de cette patience, de cette humilité pour devenir un peu plus des témoins de Jésus Christ au service de nos frères.

+ Georges Colomb
Évêque de La Rochelle et Saintes