Homélie donnée par Mgr Colomb dimanche 4 août 2019

Publié le 5 août 2019

Homélie donnée par Mgr Colomb dimanche 4 août 2019, 18ème dimanche T.O

Qohèleth – psaume 89 – Colossiens 3 –  Saint-Luc 12,13-21

Le rapport aux biens matériels : une question lancinante pour l’homme

Les media parlent beaucoup de matérialisme, de société de consommation, de capitalisme… Les lectures de ce jour, la parabole de l’évangile et le livre de Qohèleth viennent nous rappeler que depuis toujours, l’homme est confronté à la gestion du bon usage des biens temporels.

L’histoire nous apprend qu’il a essayé d’apporter des réponses pratiques à cette question importante qui revêt un aspect moral, social, économique. C’est une question qui concerne chacun à titre personnel et la société toute entière.

Sans remonter aux temps préhistoriques ou au Moyen-âge, la Renaissance a vu l’apparition des échanges économiques en Europe, les grandes découvertes ont entraîné le commerce des épices, le commerce triangulaire également. Le XIXème siècle est marqué par le développement industriel en Europe et va susciter des débats sur le partage et le bon usage des richesses. L’Eglise participe à cette réflexion et ce sera le catholicisme social, (de grands noms : Lacordaire « entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime, c’est la loi qui libère », Frédéric Ozanam : que la charité fasse ce que la justice ne peut pas faire…)…

Des réponses politiques seront apportées par le socialisme, la social démocratie, le libéralisme de Guizot. De nos jours, les régimes communistes ont presque tous disparus laissant le souvenir de régimes totalitaires avec des camps de la mort (le Goulag) ; le National socialisme a fort heureusement aussi été vaincu, le libéralisme économique doit relever le défi des questions sociales. L’homme contemporain s’aperçoit qu’il a tout essayé et qu’il n’a pas trouvé de réponse. Le système économique et politique idéal n’existe pas !

RÉUSSIR SA VIE

La parole de Dieu nous donne une réponse claire : tout est vanité puisque l’homme est de passage sur cette terre et qu’il retournera à la poussière. La parabole de l’homme riche dont le domaine a bien rapporté est instructive : « Tu es fou, cette nuit même, on va te demander ta vie ». ..

Ainsi, chers frères et sœurs, la question de l’héritage, la gestion de notre patrimoine, des biens matériels nous interrogent tous. Nous voyons bien que la plupart des revendications sociales sont de type matérialiste. François de Closets a écrit un livre instructif à ce sujet (Toujours plus !).

L’évangile nous interroge :

  • qu’est – ce qui est important pour moi ?
  • qu’est-ce qui est essentiel ?
  • qu’est- ce que je laisserai au soir de ma vie ?
  • si j’ai des héritiers riches qui n’ont pas la foi, qui vivent égoïstement, aurai-je réussi ma vie ?

L’évangile, la Parole de Dieu nous rappellent qu’il est plus important pour l’homme de réussir sa vie. C’est bien de réussir dans la vie, mais cela ne suffit pas ! Si nous sommes conscients de cela, nous ne nous disputerons pas pour des questions d’héritage, de propriété, d’argent…

La société développe en l’homme une forme d’individualisme. Elle le considère comme un consommateur, un producteur, un contribuable. Ce que l’homme désire devient dans son esprit un droit lorsqu’il a perdu toute référence à l’autre, à Dieu. Il ne recherche pas le bien commun, mais la satisfaction de ses désirs.

Il nous appartient de conduire notre vie, de l’ordonner en fonction des projets qui prennent en compte Dieu notre père et nos frères en humanité. C’est ainsi que nous donnerons à notre vie sa dimension d’éternité, c’est de cette façon que nous passerons à la postérité.

Le Saint-curé d’Ars que l’Eglise fête aujourd’hui, Saint Alphonse-Marie de Liguori, fêté le 1er août, (XVIIIème siècle, siècle des Lumières, rationaliste..) renonce à 27 ans à une carrière brillante d’avocats, il fonde la congrégation du Saint Rédempteur dont le charisme est d’imiter le Christ en annonçant l’évangile aux plus pauvres (mendiants des villes, paysans des campagnes). Ces deux Saints nous tracent un chemin de bonheur qui ne laisse personne sur le côté de la route. Les Saints nous rappellent que le bonheur lorsqu’il repose seulement sur la fortune est une illusion ! A la suite de Saint-François d’Assise, nous sommes invités à un certain détachement par rapport aux biens matériels en suivant le Christ ! C’est la seule voie pour notre salut, pour notre bonheur.

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle