Homélie donnée par Mgr Colomb pour l’envoi en mission des jeunes du mouvement Jeunesse Lumière – lundi 11 mars 2019

Publié le 14 mars 2019

Homélie donnée le lundi 11 mars 2019 : envoi en mission de la promotion 2019 de Jeunesse Lumière en présence du Père Daniel Ange

Chaque seconde de notre existence nous rapproche inexorablement de l’heure où nous comparaîtrons devant Dieu pour rendre compte des actes de notre vie. Nous en approchons chronologiquement, car nous connaissons notre fragilité : nos jours sont comptés. Puissions-nous également courir à cette heure par une plus grande sainteté dans l’accomplissement de nos multiples obligations. Le temps doit être reçu avec action de grâces : il est un don de la Providence sans retour et, pour ce motif, inestimable. Le carême doit être l’occasion d’examiner notre organisation personnelle, de bousculer certaines mauvaises habitudes et de revenir à un détachement plus radical, à un plus bel esprit d’enfance, à une plus grande spontanéité dans la recherche de Dieu.

1) PAS TOUJOURS PLUS, MAIS TOUJOURS MIEUX ! Nous pourrions nous interroger : comment mieux employer mon temps ? Comment donner à chaque instant de ma vie une valeur d’éternité ? Le Christ nous propose un premier élément de réponse lorsqu’il dit : « Ce ne sont pas ceux qui disent : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans la vie éternelle, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux ». Rien ne sert de parler, il faut agir à point. Accomplir la volonté de Dieu au jour le jour, sans peur des lendemains, voilà qui donne à notre quotidien une coloration toute particulière. N’est-ce pas votre projet à vous qui allez partir en mission ? Bien employer son temps ne signifie pas nécessairement faire plus, mais faire mieux ; Dieu ne compte pas nos œuvres, il les pèse. Or, ce qui donne du poids à nos actions, c’est l’intensité de la charité que nous y déployons. « Mon amour est mon poids », s’exclame saint Augustin. Chaque œuvre bonne recèle un potentiel d’amour qu’il nous faut accueillir humblement, avec joie. C’est ainsi qu’à la suite de la grande tradition patristique, saint Thomas d’Aquin a présenté la charité comme étant la maîtresse des vertus et le principe général de toute perfection : elle doit habiter chaque bonne action de notre vie pour lui conférer son plein éclat. « Par sa puissance d’amour, écrivait un grand commentateur de la Somme théologique au siècle dernier, la charité stimule les actes vertueux et en même temps repousse les péchés qui offensent Dieu. Quand nous dénigrons notre prochain, donnons libre cours à nos sensualités, négligeons d’accomplir nos devoirs d’état par mollesse et peur de l’effort, ce n’est pas seulement le bien moral de la justice, de la tempérance ou de la force que nous délaissons ; c’est Dieu que nous délaissons en l’offensant ; nous manquons à notre devoir, mais, plus encore, nous manquons à la charité pour Dieu, montrant clairement que nous ne l’aimons pas ». Donnez tout l’amour à ceux auxquels vous êtes envoyés, chers amis !

2) RECONNAÎTRE LE CHRIST DANS SON FRÈRE. Un jour, rapporte saint Matthieu, un Sage s’approcha de Jésus pour le tenter et l’interrogea pour savoir quel était le plus grand commandement de la Loi. Notre-Seigneur lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. Tel est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes ». Ainsi, notre Sauveur voulut montrer à ses auditeurs que l’amour de Dieu possède un corolaire qui est l’amour du prochain. Ces deux amours sont certes distincts, car notre vie de prière et notre relation au prochain rayonnent l’une sur l’autre sans pour autant se confondre. Mais ils sont pourtant semblables : l’amour du prochain donne à l’amour de Dieu sa véritable mesure, son authenticité, sa puissance de rayonnement. Jésus-Christ nous invite à mettre en harmonie notre prière et nos actes. Le prochain est le Christ à portée de mains ; il est Jésus voilé sous l’opprobre de nos imperfections, de nos défauts, de nos péchés. En effet, écrit saint Jean, « si quelqu’un dit : J’aime Dieu, alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas ». Le grand drame de l’homme est de ne pas aimer comme Dieu veut : aimer sans hypocrisie avec une grande spontanéité, celui qui frappe à la porte de notre cœur, pour y quêter une parole de consolation, un sourire, une présence… Aimer Dieu et mépriser son frère est une hypocrisie que Notre-Seigneur réprouve profondément. Vous êtes invité à la cohérence dans votre vie quotidienne entre la foi que vous proclamez et celle que vous vivez ! C’est grâce à cette harmonie en vous que vous serez des témoins du Christ !

3) ETRE MISÉRICORDIEUX. Pour aider nos esprits à comprendre comment il faut aimer Dieu en son frère, l’évangile nous offre aujourd’hui un panorama assez complet de ces gestes simples et accessibles à tous, qui nous permettent de concrétiser notre charité. L’Eglise s’en est inspirée pour établir la double liste des œuvres de miséricorde spirituelle – conseiller ceux qui doutent ; enseigner les ignorants ; avertir les pécheurs ; consoler les affligés ; pardonner les offenses ; supporter les importuns ; prier Dieu pour les vivants et pour les morts – et des œuvres de miséricorde corporelle – nourrir les affamés ; abreuver les assoiffés ; vêtir ceux qui sont nus ; accueillir les visiteurs ; assister les malades ; visiter les prisonniers ; ensevelir les morts. Aujourd’hui, vous pouvez ajouter : vous m’avez aidé quand j’étais alcoolique, esclave la drogue, S.D.F., réfugié, persécuté à cause de ma foi…Voici tout un programme de perfection pour imiter Jésus-Christ dans le quotidien de nos vies et pouvoir compter parmi ceux qui sont bénis par lui : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume, préparé pour vous depuis la fondation du monde. (…) car chaque fois que vous avez fait cela à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Ayons donc à cœur d’optimiser le temps que Dieu nous donne et de peupler notre carême de fréquentes élévations vers le Ciel.

Que la Vierge Marie nous aide à reconnaître Dieu en nos frères !

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle et Saintes