Homélie du 7ème dimanche de Pâques

Publié le 3 juin 2019

Homélie du dimanche 2 juin (7ème dimanche de Pâques) donnée par Mgr Colomb

1) « Ecoute, Seigneur, je t’appelle. En mon coeur, je te dis : je cherche ton visage; ton visage Seigneur, je le recherche : ne détourne pas de moi ta face, alleluia ». Ce cri d’amour condense l’essentiel de la vie chrétienne qui est une quête éperdue et continuelle de Dieu. Le chrétien est fondamentalement un chercheur de Dieu. Ce n’est pas avec convoitise et pour son pur profit qu’il se lance à la suite du Ressuscité, mais sous la motion du Saint-Esprit, animé du seul souci de mieux l’aimer et de le faire connaître au monde. L’exemple de saint Etienne que la première lecture met aujourd’hui sous nos yeux est un modèle très expressif de l’urgence dans laquelle nous jette un authentique désir de sainteté, de vérité. Chercher Dieu : voici la raison fondamentale de toute sainteté et le motif qui doit diriger chacun des choix de notre existence. Chercher Dieu, c’est servir la justice, la paix, c’est se donner. C’est dans notre existence que nous trouvons Dieu, dans l’action, dans la contemplation, dans la prière. Dieu n’est pas un objet d’étude. Dieu est rencontre, communication avec le monde, communication entre les personnes de la trinité. Notre vie ici-bas n’est qu’une longue préparation à la gloire de l’au-delà. Le bonheur sans fin, la vraie vie, c’est l’union à Dieu par la prière, par la vie, par le pardon reçu, par la communion au corps du Christ, par le service du frère. Nous aussi, nous attendons dans l’espérance l’heure bénie où nous contemplerons Dieu face à face. Comme saint Etienne, premier martyr de l’histoire chrétienne, nous verrons alors « les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droit de Dieu ».

2) Notre foi et notre espérance n’appartiennent pas au domaine des sentiments passagers et des impressions sans lendemain. Elles ont bien au contraire un visage : celui du Christ, mort et ressuscité pour nous sauver. « L »eau de la vie » que l’ange de l’Apocalypse propose « gratuitement », c’est la grâce de Dieu, la vie même de Jésus-Christ, répandu et communiqué au-delà des contraintes du temps et de l’espace dans le mystère de l’Eglise. Jésus est « l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin ». Tout prend sens en sa présence. C’est par son action que les coeurs se laissent toucher, que les pécheurs endurcis se convertissent, que les justes persévèrent. Dieu est dans le changement, la conversion des cœurs, Dieu est en avance sur l’homme pour lui faire faire un pas en avant, il construit, avec l’homme et pour lui, l’avenir pour une éternité bienheureuse. Sa puissance de rayonnement dépend de notre capacité à l’accueillir dans le train ordinaire de notre quotidien. Nos vies sont ponctuées de petites « visitations » ; le premier pas, dans nos itinéraires de sainteté, c’est d’apprendre à voir et à accueillir ces visites, les reconnaître et les faire fructifier avec émerveillement et action de  grâces. Ces visitations nous permettent d’accueillir des anges, des envoyés du Seigneur. Cela se produit par des rencontres, par des lectures…Le Chrétien n’est pas l’adepte de telle ou telle théorie, mais un imitateur du Christ. La foi est donc continuellement en attente d’oeuvres (actions, services..) qui lui procurent un certain rayonnement. Elle doit être lumineuse et apostolique. « Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux ». Votre mission, chers amis, c’est à la suite du Seigneur qui prie pour nous (Je prie pour ceux qui sont là, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi.), d’annoncer le Christ, de le porter à vos contemporains pour qu’ils croient en Dieu ! Il est présent dans le Saint Sacrement, présent lorsque vous êtes rassemblés pour la prière, présent dans la personne des pauvres qui frappent à nos portes de multiples manières.

3) L’évangile d’aujourd’hui nous donne à entendre un passage de la longue prière qui, chez saint Jean, introduit le récit de la passion. Ce discours d’adieu est appelé par les exégètes « prière sacerdotale » car c’est plus particulièrement pour ses premiers coopérateurs, les prêtres, que Jésus a imploré le Père, avant d’offrir son corps et son sang sur la croix. « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi ». L’unité de l’Eglise est un reflet de l’intimité qui, de toute éternité, unit le Père, le Fils et l’Esprit – Saint en une seule communion d’amour et de vie. Les garants de cette unité sont les ministres consacrés : évêques, prêtres, diacres… Cette unité n’est pas uniformité, elle est communion de richesses d’expériences d’Eglises dans le monde entier, hier et aujourd’hui, communion de diversités dans le diocèse. L’acolytat que vont recevoir Sam et Eric est un ministère qui les prépare à la grâce de l’ordination, au service de l’unité. L’acolyte a pour mission d’apporter à l’autel les oblats qui deviendront le corps et le sang du Seigneur, après la consécration. Cette institution nous rappelle la place centrale de l’eucharistie, tant dans la vie chrétienne que dans le mystère de l’Eglise. Jésus – Hostie est le centre, le moyen et l’achèvement de notre unité. C’est en communion à l’unique corps du Christ que les chrétiens deviennent membres de ce corps et coopérateurs du mystère de la Rédemption. L’acolytat nous rappelle le respect profond dont nous devons être animés à l’approche d’un si beau sacrement. Si nous voulons voir Dieu, venons adorer Jésus au Saint Sacrement ! Dans le silence et le recueillement de la prière, nous recevrons sa paix, ses conseils, la force de l’esprit. Si nous voulons voir Dieu, il nous faudra, nous aussi, faire comme Saul de tarse notre chemin de Damas, accepter de laisser tomber le vieil homme qui s’accroche au mal par routine ou par ignorance, alors nous laisserons la place à l’homme nouveau. Saul devient Paul. Chaque jour est une main tendue sur le chemin de la vraie vie.

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle et Saintes