Ordination de trois diacres et de deux prêtres de la Communauté du Chemin neuf à l’abbaye de Sablonceaux, le 24 août

Publié le 2 juillet 2018

Homélie donnée pour l’ordination de trois diacres et de deux prêtres de la Communauté du Chemin neuf à l’abbaye de Sablonceaux, le 24 août

Ordinations presbytérales de Clément et Guillaume

Ordinations diaconales de Toussaint, Aron et Goh-Rodrigue

Vendredi 24 Août 2018 – lectures de la fête de l’apôtre Saint Barthélemy

Chers ordinands,

Chers frères et soeurs,

Tout d’abord je voudrais remercier les parents des ordinands ! Chers Parents, merci d’avoir offert votre fils à l’Eglise ! Sans vous, ces ordinations aujourd’hui n’auraient pas lieu ! Merci d’avoir donné vos fils à l’Eglise afin qu’ils deviennent des serviteurs de l’Eglise ! Et vous chers ordinands, merci pour votre vie donnée aujourd’hui ! Que votre Oui soit Oui ! Merci d’avoir répondu « Oui » à l’appel du Christ, à l’exemple de

Philippe et de Nathanaël ! En effet, L’évangile que vous avez choisi en ce jour d’ordination, relate la vocation de Philippe et celle de Nathanaël.

Permettez moi d’en tirer deux grands enseignements :

pemière réflexion, le Christ lui-même invite Philippe à le suivre, et ce dernier va trouver Nathanaël en lui disant : « Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth, fils de Joseph » (Jn 1, 45).

L’évangile nous présente donc le Christ comme l’accomplissement de la loi et des prophètes. Le Christ se présente comme tel d’ailleurs lorsqu’il dit lui-même : «Ne pensez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes. Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir» (Mt 5.17). En effet, comme nous l’explique saint Jean Chrysostome, «arrivé parmi nous, le Christ a accompli en lui-même tout ce qui avait été dit par le Père dans la Loi et par les lèvres des Prophètes. C’est pourquoi l’apôtre

Paul peut dire que le Christ est l’accomplissement de la Loi (cf. Rm 10,

4) » (Homélie sur le Saint Esprit, 10).

Ainsi, l’enseignement des prophètes dans l’Ancien Testament était un enseignement inspiré par l’Esprit saint, qui révélait au peuple d’Israël le message de Dieu. C’est pourquoi nous confessons dans le symbole des apôtres notre foi en l’Esprit saint «qui a parlé par les prophètes». Les prophètes furent inspirés de l’esprit saint pour parler au nom de Dieu. L’Esprit porte les prophéties de l’Ancien Testament à leur plein accomplissement dans le Christ, dont le mystère se dévoile dans le Nouveau Testament. C’est la raison pour laquelle saint Irénée de Lyon, faisant face à l’hérésie gnostique au deuxième siècle, a souligné que l’Ancien et le Nouveau Testament forment un tout et qu’il n’y a qu’un seul sujet dans l’ensemble des Écritures : le Christ, pouvant être perçu en ombre et en figure dans l’Ancien Testament et qui se révèle pleinement dans le Nouveau Testament en s’incarnant. Le Mystère du salut, prévu depuis l’éternité et annoncé par les prophètes, s’accomplit dans l’incarnation du Fils de Dieu devenu homme. C’est pourquoi saint Irénée affirme : «Si donc les Prophètes ont annoncé que le Fils de Dieu devait être vu sur la terre et s’ils ont prophétisé en quel endroit de la terre et de quelle manière et sous quelles modalités il devait être vu, et si, d’autre part, le Seigneur a accompli toutes ces prophéties en sa personne, ferme est notre foi en lui et véridique la transmission de la prédication, autrement dit le témoignage des apôtres» (Démonstration apostolique, 86). Et dans l’évangile de ce jour, Philippe invite Nathanaël à aller voir, lorsque ce dernier se demande si quelque chose de bon pouvait venir de Nazareth : «Viens et vois !» (Jn 1, 46), lui dit alors Philippe. Mais avant même qu’un échange s’instaure entre Nathanaël et le Christ, ce dernier reconnaît la droiture de Nathanaël comme «véritable Israélite». Nathanaël s’étonne que le Christ le connaisse, alors qu’ils ne s’étaient jamais rencontrés, ni vus auparavant. Alors le Christ prononce ces paroles intrigantes : «Avant même que Philippe ne t’appelât, quand tu étais sous le figuier, Je t’ai vu » (Jn 1, 48).

L’allusion au figuier nous rappelle l’épisode de la chute dans la Genèse, lorsque nos premiers parents se couvrent de feuilles de figuier (Gn 3, 7). Par conséquent, le Christ, ayant vu Nathanaël sous le figuier, l’aurait reconnu pécheur, ou plus exactement, aurait reconnu à travers lui toute l’humanité pécheresse, déchue, et il accourt dans le monde pour accomplir le mystère du salut visant à restaurer l’homme dans la condition voulue par Dieu. C’est Dieu qui fait le premier pas en venant vers l’homme par son incarnation. Dieu voit d’abord l’homme dans son état déchu, accourt vers lui, afin que l’homme puisse le voir et le suivre. Pour saint Augustin, ces paroles adressées à Nathanaël signifient : «Tu n’accourrais pas à Celui qui efface les péchés, si d’abord il ne t’avait pas vu sous l’ombre même du péché». Car pour Augustin, «pour voir, nous avons été regardés ; pour aimer, nous avons été aimés » (Sermon 424, Sur la grâce et le baptême des enfants, 4). D’ailleurs, il en fut de même dans un autre passage de l’évangile avec Zachée. Zachée vit le Christ parce que le Christ l’avait vu d’abord (Lc 19, 5) ! Saint Augustin dit à son sujet : «après avoir fait entrer Zachée dans son coeur, le Seigneur daigna entrer lui-même dans sa maison et lui dit : «Zachée, descends vite, car il faut aujourd’hui même que je loge chez toi» ! Ainsi, l’amour de Dieu pour l’homme et son salut précède toujours sa conversion. Le Christ est véritablement «l’image du Dieu invisible» (Col 1, 15) qui se révèle à nous en s’incarnant pour notre salut, afin de restaurer en nous l’image et la ressemblance à laquelle nous avons été créés.

L’épisode de Nathanaël nous inspire une seconde réflexion: Dans notre relation avec Jésus, nous ne devons pas seulement nous contenter de paroles. Philippe, dans sa réponse, adresse une invitation significative à Nathanaël : «Viens et tu verras !» (Jn 1, 46b). Notre connaissance de Jésus a surtout besoin d’une expérience vivante : le témoignage d’autrui est bien sûr important, car généralement, toute notre

vie chrétienne commence par une annonce qui parvient jusqu’à nous à travers un ou plusieurs témoins. Toutefois, nous devons ensuite personnellement participer à une relation intime et profonde avec Jésus. De manière analogue, les Samaritains, après avoir entendu le témoignage de leur concitoyenne que Jésus avait rencontrée près du puits de Jacob, voulurent parler directement avec lui et, après cet entretien, dirent à la femme : «Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant ; nous l’avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde !» (Jn 4, 42).

En revenant à la scène de vocation, l’évangéliste nous rapporte que, lorsque Jésus voit Nathanaël s’approcher, il s’exclame: « Voici un véritable fils d’Israël, un homme qui ne sait pas mentir » (Jn 1, 47). Il s’agit d’un éloge qui rappelle le texte d’un Psaume : «Heureux l’homme… dont l’esprit est sans fraude» (Ps 32, 2), mais qui suscite la curiosité de Nathanaël, qui réplique avec étonnement : «Comment me connais – tu ?» (Jn 1, 48a). La réponse de Jésus n’est pas immédiatement compréhensible. Il dit: « Avant que Philippe ne te parle, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu » (Jn 1,48b). Nous ne savons pas ce qu’il s’est passé sous ce figuier. Il est évident qu’il s’agit d’un moment décisif dans la vie de Nathanaël. Il se sent touché au plus profond du coeur par ces paroles de Jésus, il se sent compris et comprend que cet homme sait tout sur lui, qu’il sait et connaît le chemin de sa vie, Nathanaël peut donc s’abandonner à Jésus. Et ainsi, il répond par une confession de foi claire et belle, en disant : «Rabbi, c’est toi le Fils de Dieu ! C’est toi le roi d’Israël !» (Jn 1, 49). Dans cette confession apparaît un premier pas important dans l’itinéraire d’adhésion à Jésus. Les paroles de Nathanaël mettent en lumière un double aspect complémentaire de l’identité de Jésus: Il est reconnu aussi bien dans sa relation spéciale avec Dieu le Père, dont il est le Fils unique, que dans sa relation avec le peuple d’Israël, dont il est déclaré le roi, une qualification propre au messie attendu. Nous ne devons jamais perdre de vue ni l’une ni l’autre de ces deux composantes, car si nous proclamons seulement la dimension céleste de Jésus, nous risquons d’en faire un être éthéré et évanescent, et si au contraire nous reconnaissons uniquement le Jésus de l’histoire, nous finissons par négliger la dimension divine qui le qualifie précisément.

Chers Ordinands, la foi c’est la rencontre avec le Dieu vivant, c’est la rencontre et l’union avec le Christ, annoncé par les prophètes et célébré par les mystères de l’Église. Le Christ nous donne la vie éternelle dans son royaume. Si vous êtes ici cet après-midi, si vous nous avez réunis, c’est pour que nous soyons les témoins de votre rencontre avec le Christ. Rencontre qui s’est produite grâce à un Philippe qui vous a présenté le Seigneur dans votre enfance, votre adolescence ou plus récemment. Si vous donnez votre vie, si vous renoncez à la vie conjugale, à la vie familiale, belle et féconde, si vous renoncez au bel état de vie d’époux et de père de famille, c’est par amour pour le Christ, pour son Eglise, c’est par amour pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui auxquels vous voulez annoncer Jésus-Christ en vous consacrant à lui. Vous voulez leur partager cette bonne nouvelle qui vous a été transmise et bien plus, bien mieux que cela, vous voulez leur présenter le Christ, comme Philippe l’a présenté à Nathanaël Continuez à suivre l’exemple de Nathanaël et accourez dans un élan de conversion vers le Christ qui vient vers vous à travers les mystères de l’Église. Tout votre Ministère consistera, comme nous le rappelle le psaume, à «annoncer aux hommes les exploits du Seigneur, la gloire et l’éclat de son règne !». Laissez-vous aimer par Lui, pour l’aimer à votre tour et le faire aimer. Laissez-vous voir, dans votre état misérable de pécheur, afin de le voir à votre tour. Rassurez les hommes de ce temps, c’est parce que le Christ les connaît, tels qu’ils sont, c’est parce qu’il les aiment tels qu’ils sont, qu’ils peuvent aller joyeusement à sa rencontre. C’est la rencontre avec le Seigneur, l’intimité avec lui qui libère l’homme, en fait un homme debout et permet de voir «le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’Homme» (Jn 1, 51), c’est-à-dire de voir le royaume de Dieu en construction !

En proclamant l’évangile, pensez à Philippe qui conduisit Nathanaël à Jésus, conduisez les hommes à Jésus par l’évangile que vous proclamerez, par l’eucharistie que vous célébrerez. Faites les entrer dans cette vie intime avec le Seigneur, cette communion intense qui permet de demeurer dans son cœur et qui nous procure la grâce de l’accueillir dans le nôtre, dans une intimité qui nous conduit à la vie éternelle. C’est pour cet amour qui surpasse tout que vous devenez diacre et prêtre. Ainsi soit-il !