Secours Catholique : « Être seul rend plus fragile »

Publié le 30 novembre 2016

Trois personnes sur quatre accueillies au Secours Catholique de Charente-Maritime vivent seules. Beaucoup sont des hommes. C’est ce que révèle l’association dans son rapport statistique annuel paru jeudi 17 novembre 2016.

La publication du rapport annuel du Secours Catholique reste toujours un moment très attendu car il permet de dresser un portrait de la pauvreté dans notre pays et d’en mesurer l’évolution. En France, en 2015, l’association a ainsi rencontré 1.463.000 personnes. Un chiffre malheureusement en hausse de 2,7% par rapport à 2014. Curieusement, en Charente-Maritime, le nombre de personnes accueillies est resté stable (7.000 familles, soit environ 12.000 personnes). « Mais si les chiffres sont stables, ce n’est pas que la pauvreté n’augmente pas, observe Thérèse Lecroart. C’est que nos capacités d’accueil n’augmentent pas (27 antennes locales réparties dans le département, ndlr). »

Fait étonnant : « 80% des personnes qui frappent à la porte du Secours Catholique de Charente-Maritime viennent d’abord chercher une écoute, une rencontre, poursuit la présidente depuis trois ans de l’association. Elles veulent être reconnues. L’aide matérielle n’est pas forcément la première demande. » À cela, une explication simple : les 530 bénévoles de la structure caritative reçoivent 73,1% d’adultes seuls (ou avec au moins un enfant mineur à charge). D’après le rapport statistique annuel de l’association publié jeudi 17 novembre, ce nombre est légèrement supérieur aux moyennes régionale (70,5%) et nationale (70,1%).

Dans le département, une grande partie des personnes rencontrées sont des hommes seuls (38,7%, contre 27,7% au niveau régional et 26,8% à l’échelle nationale). « Il y a beaucoup de travailleurs saisonniers chez nous, décrypte Thérèse Lecroart. Cela peut expliquer cette présence d’hommes seuls. La part des contrats en CDD ou saisonniers (17%) est aussi beaucoup plus élevée que la moyenne régionale (15,8%) ou nationale (11,6%), notamment parce que nous vivons dans une zone touristique et agricole. » Des secteurs d’activité dont les besoins en main-d’œuvre varient en fonction des saisons : le tourisme littoral requiert ainsi davantage de personnel en période estivale qu’au cœur de l’hiver.

Moins de personnes âgées et d’étrangers

Autre particularité de la Charente-Maritime : 37,7% des personnes reçues au sein de l’association habitent un logement précaire (contre 20,4% au niveau régional, et 25,9% à l’échelle nationale). L’attrait pour le littoral, et la pression immobilière qui en découle, font monter les prix. De nombreuses personnes sont ainsi contraintes de se loger chez des proches, à l’hôtel, dans une caravane, un squat… Aussi, « entre deux petits boulots, on n’a pas forcément de quoi se payer un logement décent. Et il n’y a pas assez de logements sociaux », précise la présidente du Secours Catholique, qui dénonce les marchands de sommeil : « Il y en a à Saintes et à Jonzac, c’est connu. »

« Potentiellement, on a donc plus de risques de basculer dans la précarité quand on est seul », ajoute Jean Chalié, délégué du Secours Catholique en Charente-Maritime. Un licenciement, un divorce, pas de famille pour vous soutenir financièrement, un loyer que l’on n’est plus capable de payer… : tout peut aller très vite. « Ici, à La Rochelle, on accueille des gens d’origines sociales très diverses, ajoute Jean Chalié. J’ai moi-même rencontré un prothésiste dentaire qui était à la rue. » Dans le département, 6,8% des personnes qui poussent la porte de l’association ont même un CDI à temps plein (contre 4,6% en Nouvelle-Aquitaine 3,9% en France). Pourquoi ? Tout simplement parce que la part des personnes âgées et des étrangers (sans droits au travail) est moins importante qu’ailleurs.

La solution serait-elle que, dans un monde idéal, chacun ait un travail stable, durable, et à plein temps pour subvenir à ses besoins ? La présidente du Secours Catholique n’y croit pas forcément : « Oui et non car il y a des personnes (en particulier celles en situation de handicap physique ou mental, ndlr) qui ne pourront jamais avoir un emploi stable. L’une des solutions serait peut-être que chacun trouve sa place dans notre société et ne soit pas mis au rebus. »

Clément VIDAL, journal Courrier français de la Charente-Maritime du 25/11/2016. Autorisation de publication accordée

© photo : Clément Vidal.

 

Pour en savoir plus…

Le Secours Catholique en Charente-Maritime

Le rapport national 2016 à consulter ici