Résumé de la conférence donnée par S.E. le Cardinal Gérald -Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, primat du Canada lors du pèlerinage à l’île Madame le 25 août 2017

Publié le 5 septembre 2017

Son Éminence le Cardinal Gérald -Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, primat du Canada, était l’invité d’honneur du dernier pèlerinage diocésain à l’Ile Madame sur les pas des Martyrs des pontons de Rochefort le 25 août 2017 dernier.

Nous publions ici le résumé de sa conférence.

 

Conférence de Monsieur le Cardinal

Gérald Cyprien Lacroix

Archevêque de Québec

Primat du Canada

Pèlerinage diocésain à l’Île Madame

en mémoire des prêtres décédés sur les Pontons de Rochefort

Île Madame,

La Rochelle, France, 25 août 2017

« Pour une annonce renouvelée de l’Évangile »

 AVIS : Le texte qui suit n’est pas un texte continu mais un recueil de notes.

On m’a demandé de partager avec vous, à partir de l’expérience de l’Église au Québec, prises avec la sécularisation, quels sont, à mes yeux, les points importants à prendre en compte et à mettre en valeur, pour une annonce renouvelée de l’Évangile ?

Une question qui nous occupe et nous préoccupe beaucoup. La transmission de la foi. L’évangélisation et la formation à la vie chrétienne des jeunes générations. Et je soupçonne qu’il s’agit d’une question qui vous intéresse aussi.

 Introduction :

Le tournant missionnaire diocésaine que notre Église est appelée à vivre.

  • tournant ? qu’est-ce que ça veut dire?

Dictionnaire – 2 définitions :

  1. Endroit où une voie tourne, prend une autre direction : Les tournants d’une route.
  2. Moment ou événement qui marque une orientation nouvelle, un changement important : Un grand tournant de notre histoire.
  • Pape François :

    « Nous ne sommes vivons pas une époque de changements, mais un changement d’époque ! »

  • tourner en rond… NON
  • tourner en cherchant à tâtons, comme dans un labyrinthe? NON PLUS
  • un TOURNANT qui nous permet de prendre la bonne direction…
  • guidés par l’Esprit de Dieu, éclairés par la direction que nous propose notre Église… c’est ce qu’il semble dire à notre Église à ce moment de son histoire.
  • C’est ce que le Pape François nous répète sur tous les tons, comme les papes des 40 dernières années d’ailleurs…
  • Quelle heure est-il ?

    C’est l’heure d’évangéliser! C’est l’urgence de l’heure!

  • le TOURNANT qui est à prendre, qui est devant nous, c’est celui de la mission pour évangéliser, pour sortir de nous-mêmes, de notre confort ou de notre inconfort pour aller à la rencontre de l’humanité, nos frères et sœurs qui attendent une Bonne Nouvelle, pour les inviter à La Rencontre avec Jésus Christ, rencontre avec une communauté de baptisés.
  • Vous vous en rendez compte autant que moi, j’en suis sûr. Notre monde est de moins en moins chrétien. C’est triste, mais faut bien se le dire. Regardez l’état de nos familles… elles sont de moins en moins chrétiennes et à bien des égards de plus en plus souffrantes. Nos amis, nos collègues de travail… de moins en moins chrétiens et de plus en plus matérialistes, centrés sur eux-mêmes, avec une vision très horizontale de la vie. Nos choix de société… de moins en moins respectueux de la vie.
  • Au Canada, non seulement un enfant à naître dans notre pays n’a aucun droit. Il n’a aucune protection légale, n’est pas reconnu comme une personne et sa vie peut être terminée n’importe quand pendant la grossesse si la mère ou les parents décident d’avoir recours à l’avortement. Depuis 40 ans… un droit qui est défendu bec et ongle.
  • Depuis un peu plus d’un an, au Québec et aussi au Canada, l’euthanasie a été légalisée. Une personne peut demander en fin de vie qu’on lui donne la mort, au moment de son choix ou qu’on lui donne le nécessaire pour qu’elle se suicide, à sa convenance. C’est un droit qui est également défendu bec et ongle. Le nombre de québécois et de québécoises qui ont recours à l’euthanasie est déjà alarmant, même au-delà de ce qu’avaient pensé les gens du monde de la santé et le gouvernement. Et déjà, on commence à vouloir élargir la possibilité d’avoir recours à l’euthanasie non seulement pour soi-même si on est encore lucide, mais pour les autres, les gens atteints de démence ou d’alzheimer, bientôt ce sera pour euthanasier les personnes lourdement handicapées, les personnes très âgées et qui coûtent très cher au système de santé… Voyez-vous, nous sommes en train de glisser doucement dans une culture de la mort… et certains osent affirmer que c’est parce que nous évoluons, que nous prenons notre vie en main, que nous sommes un peuple moderne, libéré des influences de l’Église catholique.
  • Comment se peut-il qu’un peuple comme le nôtre, amoureux depuis toujours de la vie, un peuple qui s’est battu pour survivre, vivre et se développer, en soit rendu à une pareille confusion?
  • N’allez surtout pas penser que je suis en dépression ou que je broie du noir… non, je crois que nous devons voir de face la réalité dans laquelle nous nous retrouvons, d’être capable d’un regard lucide de l’évolution de notre société et

    décider de nous engager pour que nous retrouvions l’amour de la vie, de la famille, des valeurs de fraternité et de partage, de solidarité, qui nous ont longtemps définis comme peuple.

  • Nous savons pertinemment Qui peut nous conduire à la vie et à la vie en abondance.. Il y en a un seul : Jésus Christ.
  • C’est Lui la réponse, c’est Lui, le Chemin, la Vérité et la Vie.
  • Je prêche ce matin à des gens convaincus de cela, j’en suis sûr!
  • Vous, qui êtes membres de mouvements, de groupes apostoliques, d’associations de baptisés, paroissiens et paroissiennes, vous qui vous nourrissez de façon soutenue de la Parole de Dieu, des sacrements de l’Église, je n’ai pas besoin de vous convaincre que c’est l’Évangile de Jésus Christ qui est la réponse. Seul Lui peut nous remettre debout et en marche, heureux, libres, féconds.
  • Mais la question est celle-ci… la question qui tue dirait un certain animateur de télévision…
  • Moi, je dirais plutôt… la question qui fait vivre!

  • Sommes-nous assez conscients de l’urgence de l’évangélisation chez-nous pour unir nos forces, pour vivre dans l’unité et la communion la grande mission qui est devant nous ?

  • Voilà le grand tournant à vivre.

– Proclamer l’Évangile au peuple québécois ou français… car un très grand nombre n’ont jamais rencontré Jésus Christ, ne savent pas qu’ils sont enfants de Dieu, aimés follement et personnellement de Dieu ? Les deux plus jeunes générations grandissent avec très peu de références, de lien avec Dieu, avec l’Église, et cela même dans nos bonnes familles.

Former de nouvelles générations de baptisés à la vie chrétienne, à la vie missionnaire, au don de soi et à la vie en communauté chrétienne ?

– Avec audace, patience et amour, apprendre à devenir des témoins qui rayonnent la joie de l’Évangile, capable d’une cohérence de vie qui attire et donne crédibilité à nos groupes, mouvements, communautés.

Nous engager auprès et avec les personnes les plus pauvres, fragiles et démunies pour qu’ils rencontrent l’espérance fiable de la foi chrétienne et la vie nouvelle en Jésus Christ.

  • L’heure n’est plus aux discours, à la réflexion et aux documents sur l’urgence de l’évangélisation ou la nouvelle évangélisation… mais à l’action, à l’engagement…

    ENSEMBLE…

  • Comme peuple de croyants, comme peuple de disciples-missionnaires.
  • Le pape François écrit dans son Exhortation apostolique La joie de l’Évangile, au numéro 120, ces lignes puissantes et engageantes, que nous devons non seulement entendre, trouver belle, mais trouver le moyen des vivres au quotidien :

« En vertu du Baptême reçu, chaque membre du Peuple de Dieu est devenu disciple missionnaire (cf. Mt 28, 19). Chaque baptisé, quelle que soit sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation, et il serait inadéquat de penser à un schéma d’évangélisation utilisé pour des acteurs qualifiés, où le reste du peuple fidèle serait seulement destiné à bénéficier de leurs actions. La nouvelle évangélisation doit impliquer que chaque baptisé soit protagoniste d’une façon nouvelle. Cette conviction se transforme en un appel adressé à chaque chrétien, pour que personne ne renonce à son engagement pour l’évangélisation, car s’il a vraiment fait l’expérience de l’amour de Dieu qui le sauve, il n’a pas besoin de beaucoup de temps de préparation pour aller l’annoncer, il ne peut pas attendre d’avoir reçu beaucoup de leçons ou de longues instructions. Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires », mais toujours que nous sommes « disciples-missionnaires ». Si nous n’en sommes pas convaincus, regardons les premiers disciples, qui immédiatement, après avoir reconnu le regard de Jésus, allèrent proclamer pleins de joie : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1, 41). La samaritaine, à peine eut-elle fini son dialogue avec Jésus, devint missionnaire, et beaucoup de samaritains crurent en Jésus « à cause de la parole de la femme » (Jn 4, 39). Saint Paul aussi, à partir de sa rencontre avec Jésus Christ, « aussitôt se mit à prêcher Jésus » (Ac 9, 20 ). Et nous, qu’attendons-nous ? »

  • Le tournant missionnaire que nous sommes appelés à vivre ne peut être seulement celui des communautés chrétiennes, des paroisses… elles sont pour la plupart, trop fragiles en ce moment, pour réaliser cette conversion pastorale et missionnaire seules…
  • Le tournant missionnaire ne peut pas être seulement le tournant missionnaire des prêtres et diacres, des équipes pastorales, de l’équipe des services diocésains.
  • Pour réussir à répondre à ce défi de taille, ça doit nécessairement être un tournant que prend le Diocèse de Québec… (lorsque nous parlons du Diocèse, nous pensons souvent à l’archevêque, les évêques auxiliaires, les gens des services diocésains… « le Diocèse »… qu’est-ce que vous faites au Diocèse? Ça va bien au Diocèse, Mgr?)
  • Non, je ne parle pas de ce Diocèse, réduit à une poignée de gens bien intentionnés, très généreux et capables, mais incapables de faire face aux besoins de la mission seuls.
  • Je parle du Diocèse de Québec… incluant aussi, toutes les personnes qui sont membres des instituts de vie consacrée, sous toutes les formes et de tous les charismes que l’Esprit Saint a suscité et qui sont en service chez nous.
  • Lorsque je parle du Diocèse de Québec… ça inclut nécessairement vous autres, les gens des mouvements, des groupes, des associations, qui avez vos propres charismes, dons et moyens pour vivre la mission.

 La conversion de ce tournant missionnaire suppose…

  • que nous vivions en lien permanent avec Jésus Christ, en le rencontrant à tous les jours. Le pape François, dans sa lettre apostolique, La joie de l’Évangile, écrit dès le troisième paragraphe :

« J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui, parce que « personne n’est exclus de la joie que nous apporte le Seigneur ».

  • que nous soyons capables de connaître les forces, les charismes et les moyens d’évangéliser de tous les groupes et mouvements dans notre Diocèse. Se connaître et connaître les autres pour nous réjouir de la diversité et la richesse que Dieu a réuni en ce grand Diocèse
  • La conversion de ce tournant missionnaire suppose également que nous cherchions comment vivre ensemble la grande mission d’évangélisation qui nous est confiée.
  • Ensemble… non pas dans l’uniformité, mais dans l’unité pour porter comme Diocèse la vision qui nous habite et qui nous donne une direction claire pour les prochaines années:

Proposer ou renouveler

la rencontre personnelle et communautaire avec le Christ

pour former des

communautés chrétiennes de « disciples-missionnaires ».

 

  • Je suis convaincu que cette journée, qui nous rassemble sous un même toit, sera aussi l’occasion de nous rendre encore plus unis pour la mission dans ce grand Diocèse de Québec… là où tant de frères et sœurs attendent une nouvelle… une Bonne Nouvelle, qui a la force de changer leur vie à tout jamais, lorsqu’ils découvriront l’amour de Dieu, l’amour de frères et sœurs avec lesquels partager la route de la vie.
  • Cette journée, que j’ai longuement désiré et qu’une équipe a soigneusement préparé, a la possibilité, par la grâce de Dieu, de nous aider à prendre le tournant, faire le virage, pour poursuivre la route dans la bonne direction… pas SEULS… mais ENSEMBLE… pour la mission!

Je termine cette brève introduction avec ces mots du Pape François :

« Chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraicheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression… En réalité, toute action évangélisatrice authentique est toujours ‘nouvelle’ » (Evangelii gaudium,  No. 11)

  • Quelle heure est-il ? C’est l’heure d’évangéliser… !

Bonne journée!

Avec RCF, retrouvez l’intégralité de l’enregistrement de la conférence du Cardinal Lacroix

La chaîne de télévision KTO a également fait écho du pèlerinage diocésain à l’île Madame dans son émission « A la source » (6’50)