Témoignages à l’occasion de la Nuit des Témoins

Publié le 1 avril 2019

Mgr Theodore Mascarenhas, évêque auxiliaire de Ranchi, dans l’État du Jharkhand dans le nord de l’Inde, et secrétaire général de la conférence épiscopale indienne, était de passage en France à l’occasion de la Nuit des Témoins 2019, organisée par l’Aide à l’Église en Détresse du 23 au 29 mars. Mgr Mascarenhas était aux MEP (Missions Etrangères de Paris) le 27 mars, lors d’une conférence de presse en présence des témoins de l’événement. L’évêque est venu témoigner au nom de l’Église catholique en Inde, très minoritaire avec 2 % de la population, soit près de 20 millions de catholiques. Une Église pourtant très investie dans des secteurs comme la santé ou l’éducation, avec près de 54 000 écoles catholiques, et de nombreux dispensaires ou cliniques dans les régions les plus reculées.

Églises d’Asie : Quel est votre lien avec l’Église française, pourquoi était-ce important pour vous de venir à Paris ?

Mgr Theodore Mascarenhas : Tout d’abord, je suis très heureux d’être à Paris et en France. L’Église catholique en France a fait beaucoup de choses pour l’Inde et pour le monde. Elle nous a donné des missionnaires et des saints. Et de nombreux missionnaires français sont venus travailler en Inde, ils ont introduit la foi chrétienne dans le pays, et ils ont été de vrais exemples de sainteté pour nous.

L’Église en Inde est très active dans les domaines de l’éducation ou de la santé. Est-ce que cet engagement est reconnu par les autorités ?

Ces soixante-dix dernières années, nous avons pu maintenir de bonnes relations avec le gouvernement, et nous avons travaillé ensemble. L’Église catholique est effectivement la deuxième contributrice du pays dans les domaines de l’éducation et de la santé. Avec 85 000 établissements scolaires, la communauté chrétienne – catholiques et protestants – travaille au service de l’éducation de près de cent millions de personnes en Inde. Certaines statistiques affirment que près de 40 % des diplômés indiens sont passés par des établissements chrétiens. Onze de nos quinze Premiers ministres ont été dans des écoles chrétiennes, ainsi que neuf de nos douze présidents. C’est la contribution que nous avons faite à la société. Et presque tous les gouvernements ont travaillé avec nous et nous ont aidés, notamment dans des régions comme Goa… Certaines de nos écoles sont même financées en partie par le gouvernement. Dans d’autres régions, nous rencontrons certes des difficultés, surtout dernièrement.

Cette situation semble devenir plus difficile ces derniers temps, avec la montée du nationalisme hindou et des attaques antichrétiennes ?

C’est un problème grandissant non seulement en Inde, mais partout, même en Amérique. Et je pense que le nationalisme est toujours dangereux, qu’il s’agisse d’un nationalisme religieux, ou racial, ou attaché à une région particulière. Ce qui s’est passé en Allemagne dans les années 1930 est un bon exemple pour nous. L’Europe a retenu la leçon, mais nous devons l’apprendre nous aussi. Et nous tendons vers cela… Ces temps-ci, les groupes nationalistes hindous perturbent toute la société indienne. Mais je veux souligner que la grande majorité de la population indienne est avec nous. Les Indiens sont tolérants et ils veulent la paix. Ce sont ces petits groupes minoritaires qui détruisent l’image de cette grande majorité. Ce poison qu’ils répandent est très dangereux.

Avant les élections générales en Inde, que dites-vous aux gens, quelles sont vos priorités, votre position ?

Nous faisons confiance en la sagesse de la population indienne et nous espérons, nous prions pour le pays, pour que nous ayons des dirigeants et des gouvernements qui dirigent le pays avec sagesse. Pour que le futur gouvernement prenne tout le monde en compte dans ses objectifs de développement, pour qu’il défende la paix et qu’il recherche la justice pour les plus pauvres, pour les populations indigènes et pour les Dalits…

La population indienne reste très jeune et très religieuse… N’est-ce pas un signe positif malgré les épreuves que rencontre l’Église ?

Vous savez, la spiritualité, c’est quelque chose de typiquement indien. Et pas seulement pour les chrétiens, mais aussi concernant nos frères et sœurs hindous, musulmans, bouddhistes, sikhs, jaïnistes, baha’is ou parsis… Tous sont profondément spirituels et religieux. Et c’est un bienfait pour l’Église catholique. Ainsi, l’Église n’est pas qu’une force spirituelle isolée. Je crois que c’est une des forces du pays. Nous sommes aussi très heureux du fait que presque 95 à 98 % des fidèles sont pratiquants, ils vont à la messe tous les dimanches, pratiquent les sacrements… Et ainsi nous avons des vocations et des missionnaires indiens. Je suis fier de dire qu’il y a des prêtres et des religieuses indiens qui partent servir eu Europe, aux États-Unis, en Australie, en Papouasie Nouvelle-Guinée, en Afrique, en Amérique latine… On peut dire que l’Occident nous a apporté la foi, et qu’aujourd’hui, nous voudrions vous aider à la garder et à la faire grandir.

Aujourd’hui, malgré l’engagement de l’Église dans les domaines de la santé et de l’éducation, votre relation avec le gouvernement semble rompue ?

Je ne dirais pas que cette relation est totalement rompue. Nous avons pu maintenir de bonnes relations avec tous les gouvernements qui sont arrivés au pouvoir. Et avec ce gouvernement-ci également, en tant que secrétaire général, j’ai pu tisser de bonnes relations. Ce qui nous inquiète, en revanche, ce n’est pas tant le gouvernement, mais plutôt ces autres groupes qui créent tous ces troubles. Et parfois, nous avons l’impression que le gouvernement n’a pas fait tout ce qu’il pouvait pour les contrôler.

Pourquoi ces groupes s’en prennent-ils à vous ? Est-ce à cause de votre travail auprès des Dalits et des plus démunis ?

Je pense à deux raisons principales. Tout d’abord, je pense que c’est effectivement parce que nous nous occupons des pauvres, et cela les inquiète. Il y a des raisons économiques à cela. D’un certain côté, quand nous travaillons pour les plus pauvres et que nous leur donnons une éducation, ils parviennent à se relever et à revendiquer leurs droits, leur dignité. Ils rivalisent alors avec ceux qui détiennent le pouvoir, revendiquent des emplois. C’est pourquoi l’Église catholique devient une ennemie. L’autre raison, c’est qu’il y a des groupes qui harcèlent les autres, en disant que l’Église catholique et le christianisme sont dangereux pour le pays, en affirmant que nous sommes des étrangers et que nous sommes contre la nation. Certains groupes ont déclaré que d’ici 2025, l’Inde serait une nation hindoue, que les musulmans devaient partir au Pakistan et que les chrétiens devaient partir pour le Vatican ou pour des pays chrétiens… Ces groupes sont dangereux, ils doivent être isolés. Je crois qu’alors, le pays pourra à nouveau être en paix.

Un dernier mot ?

Merci beaucoup, que Dieu bénisse les Missions Etrangères de Paris, qui font tant de choses pour l’Inde, que Dieu bénisse l’AED, qui nous aide de multiples manières, et que Dieu bénisse la France, qu’elle puisse vivre à nouveau pour le Christ.

Interview publiée sur le site des Missions Etrangères de Paris
missionsetrangeres.com

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#NuitDesTémoins à #LaRochelle : Mgr Mascarenhas (Inde) nous travaillons pour les pauvres et leur donnons une éducation, ils parviennent à se relever et à revendiquer leurs droits, leur dignité et… des emplois. C’est pourquoi l’Église catholique devient une ennemie. #Diocese17

#NuitDesTémoins à #LaRochelle : Mgr Mascarenhas (Inde) près de 40 % des diplômés indiens et 11 de nos 15 1ers ministres sont issus d’établissements chrétiens. Ces derniers temps la montée du nationalisme hindou perturbe toute la société indienne avec des attaques antichrétiennes.