Homélie de Mgr Georges Colomb donnée à l’église Saint-Sauveur de La Rochelle, dimanche 6 janvier 2019, pour l’ordination diaconale de Luca Astolfi, séminariste du Chemin Néocatéchuménal, pour le diocèse de La Rochelle.
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Homélie de Mgr Georges Colomb donnée à l’église Saint-Sauveur de La Rochelle, dimanche 6 janvier 2019, pour l’ordination diaconale de Luca Astolfi, séminariste du Chemin Néocatéchuménal, pour le diocèse de La Rochelle.

Dimanche 6 janvier 2019 – Épiphanie et Ordination diaconale de Luca Astolfi

 

« Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi ». Oui, vraiment, que l’Eglise entière tressaille d’allégresse en ce jour béni de l’Epiphanie : la gloire de Dieu s’est manifestée à tous les hommes. La Bonne Nouvelle du Salut ne tient compte ni de notre histoire, ni de notre culture, mais de notre capacité à reconnaître dans le cours des événements, la main de Dieu qui nous guide, nous rassure, nous protège et nous aide à devenir, jour après jour, plus fidèles à ses promesses, à sa parole, à ses vérités. Tel est le secret de la joie baptismale, si régulièrement méditée par nos amis du chemin néocatéchuménal venus en nombre entourer Luca, en ce jour de son ordination diaconale. Tel est également le secret d’une vocation épanouie ; votre diaconat, cher Luca, sera fécond, dans la mesure où vous le recevrez comme un don et un mystère, pour reprendre la belle expression de saint Jean-Paul II.

L’évangile que nous venons d’entendre nous montre le cortège des mages venus d’Orient progresser avec une certaine solennité des confins de la terre jusqu’à l’Enfant Roi. Le spectacle de ces mystérieux savants inclinés devant un pauvre poupon a profondément marqué l’imaginaire de notre société, peut-être parce qu’il représente avec une grande perfection le changement d’économie accompli par le christianisme. La figure des mages a été une source d’inspiration féconde pour la littérature et les arts de votre cher et beau pays, l’Italie, puisque leurs dépouilles, avant de regagner Cologne, furent conservées pendant presque six siècles à Milan. On sait, au fond, peu de choses de ces mystérieux visiteurs, mais cela nous suffit à mettre en relief l’enseignement contenu dans l’évangile de saint Matthieu : les Mages, premiers d’entre les païens à découvrir le Christ, ont reçu trois grandes grâces en venant à Bethléem, et ces trois grâces correspondent aux trois grandes missions confiées au diacre. 1) Une grâce d’illumination : Jésus est venu confondre les ténèbres du doute et de l’ignorance ; à sa suite, vous devrez prêcher la bonne nouvelle du Salut à tous les hommes, les éclairer des richesses, des beautés et de la sainteté de notre foi. 2) Les Mages reçurent également une grâce d’oraison, et c’est ce que signifie leur adoration ; ainsi, le diacre doit-il, après avoir enseigné, aider ses frères à vivre plus intensément de la vie sacramentelle. 3) Enfin, les Mages ont reçu une grâce de conversion, ainsi que le laisse entendre l’évangéliste saint Matthieu, lorsqu’il écrit qu’ils revinrent chez eux par un autre chemin. Revêtu de la grâce et du caractère du diaconat, le ministre ordonné doit communiquer les dons précieux que l’Eglise lui partage. Le ministère de charité qui vous est confié aujourd’hui a pour fin essentielle d’annoncer l’amour de Dieu pour le monde. A ceux qui vous approcheront, il vous faudra montrer, par votre parole et votre exemple, comment nous devons mettre nos pas dans les pas du Rédempteur, par une plus grande douceur, un plus grand amour, une plus grande humilité.

  1. LE DIACRE EST AU SERVICE DE LA LITURGIE. Telle est la mission la plus sainte et la plus honorable que l’Eglise vous confie en ce jour. Pour vous, membres du chemin néocatéchuménal, le diaconat revêt une coloration toute particulière, puisque le diacre est le ministre ordinaire du baptême. Aux origines, l’Eglise célébrait le 6 janvier trois événements relatifs à la manifestation de Jésus-Christ : l’adoration des Mages, son baptême au Jourdain et les noces de Cana. Ces trois théophanies contiennent les mystères fondamentaux de la vie liturgique : l’adoration eucharistique, la renaissance baptismale et l’union mystique de l’âme à Dieu, dont le diaconat est une réalisation particulière. Un commentateur assidu de la liturgie relevait : « les orientaux appellent cette solennité les Saintes Lumières, à cause du baptême que l’on conférait autrefois en ce jour, en mémoire du baptême de Jésus-Christ dans le Jourdain ». Par vos mains et par votre parole, cher Luca, la vie divine viendra régénérer l’âme des nouveau-nés. Dans le baptême, Dieu réalise une création nouvelle ; il reprend ce que le malheur du péché lui avait enlevé. Le baptême est le premier sacrement de l’initiation ; voilà pourquoi il est fondamental. Pour autant, le chrétien ne doit pas en rester là. La vie d’union à Dieu doit continuellement s’approfondir, se renouveler, se fortifier. La mission du diacre découle de la présence de Jésus au milieu des hommes. Au diacre revient la mission d’offrir le pain et le vin qui, au cours de la consécration, deviendront le Corps et le Sang du Christ ; au diacre également de porter le geste de paix, depuis l’autel jusqu’au plus petit de ses frères. Sa mission se situe en plein cœur du mystère de communion, à l’œuvre dans l’Eglise.
  2. MINISTÈRE DE LA PAROLE. C’est pourquoi vous devrez être attiré et passionné pour le Verbe, la Parole de Dieu, qui n’est pas un livre savant, destiné à quelques intellectuels chanceux, mais l’expérience intime et féconde de la rencontre avec le Nouveau-né de la crèche. « La foi naît de l’écoute », écrit saint Paul. La parole de Dieu produit trois effets distincts dans le cœur de celui qui sait l’écouter et la mettre en pratique : 1) Elle nourrit : « L’homme de se nourrit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu[1]» ; 2) Elle instruit : « Ta parole est une lumière sur ma route, une lampe pour mes pas[2] » ; 3) Elle allume en nous le feu de la charité, nous remplit de vertu et de force. Elle est « un feu dévorant[3] », écrit le prophète Jérémie, « un marteau qui brise le roc[4] ». Le diacre doit faire sienne la parole de Dieu, de deux manières : en la méditant chaque jour dans le silence de l’oraison et la récitation de l’office divin, à la manière de Notre-Dame qui conservait et méditait dans son cœur les mystères de Jésus ; en la partageant et en la commentant pour l’édification de ses frères. La prédication est un prolongement de la mission apostolique, l’annonce de la joie évangélique jusqu’aux confins de la terre. Revêtu de force et rempli de la sagesse de Dieu, vous ferez connaître celui qui est venu dans le dépouillement et la pauvreté de la crèche confondre ce qui est fort, humilier les superbes, combler de biens les affamés, rendre justice aux pauvres et aux opprimés. Mais vous ne pourrez acquitter pleinement votre mission si, auparavant, la parole de Dieu ne transfigure votre quotidien, si vous ne prenez soin de conformer vos paroles et vos actes à notre unique modèle, Jésus-Christ. L’étoile qui est le Christ doit irradier votre vie, guider vos pas, assurer votre marche vers la Jérusalem céleste : « Nous sommes venus l’adorer ».
  3. MINISTÈRE DE LA CHARITÉ. Si la vie sacramentelle est la source de toute diaconie, la charité en est la consommation. Les Actes des apôtres rapportent que c’est avant tout au « service des tables[5]» que furent préposés les sept premiers diacres. Le Code de Droit Canonique distingue deux tables : celle de l’Eucharistie et celle des Saintes Ecritures. Bethléem est tout à la fois l’une et l’autre : 1) la table eucharistique car Jésus se présente à nous dans une mangeoire, sous les humbles apparences de l’enfance, à Bethléem, bourgade dont le nom signifie « maison du pain » ; 2) la table des Ecritures car les Mages ont connu l’Enfant Roi par le biais des prophéties, celles d’Isaïe et de Michée, citées par les sages d’Israël. Le diacre doit à son tour nourrir de la manne spirituelle les fidèles que la providence lui envoie. Il peut, certes, s’engager dans des œuvres de bienfaisance, mais qu’il n’oublie jamais qu’il n’existe pas de plus grande misère que l’oubli de Dieu ! Ne les privez pas des vérités de la foi, ces pauvres, ces mendiants du Christ ! Donnez-leur avec le pain de la table, la délicatesse, l’amour, le réconfort que produit la connaissance de Jésus ! Le diacre doit assumer une médiation toute spirituelle entre Dieu et l’homme, distincte et complémentaire par rapport à celle du prêtre : il a pour mission de préparer dans les cœurs des pauvres la venue de Jésus, en leur donnant des marques manifestes de son choix préférentiel pour les tout-petits. Marie, Mère du Christ, devient à ce titre l’enseigne de la charité diaconale car elle est la « servante du Seigneur », celle qui a obtenu le salut du monde en raison de son abaissement, de sa petitesse, de son humilité. A la suite de Notre-Dame, le ministre ordonné a pour mission d’allumer au cœur du monde le feu de l’Esprit-Saint et, comme saint Paul, de se faire tout à tous pour gagner chaque homme au Christ.

Enfin, je ne veux pas terminer sans mentionner deux aspects de votre ministère cher Luca : La Pastorale de la Vérité et la Pastorale de la Beauté:

La vérité, elle est aussi nécessaire que la justice et le partage, mais on n'en parle moins. La vérité donne des convictions fortes. L'absence de convictions est le commencement de tous les abandons. Entendons Jésus nous dire: «En vérité, en vérité, je vous le dis... La vérité vous rendra libres...» Entendons Saint-Paul nous dire: « la vérité, c'est ce mystère de l'amour de Dieu pour tous les hommes ». C'est le mystère du salut que Dieu donne à tous les hommes pour que sa joie soit en tous.

La Beauté: Beauté dans l'art, la culture et dans la liturgie. La beauté dans la musique et les chants, dans la sculpture, la peinture et les célébrations, est aussi un chemin vers Dieu, un chemin que tous peuvent prendre, un chemin qui conduit à la contemplation.

Que cette célébration nous montre bien la beauté de l'Évangile et nous donne la joie de croire. Entrons dans la supplication et la louange devant Dieu qui a donné aux hommes un tel pouvoir : le pouvoir de servir. Bonne route Luca ! Puisse la Vierge Marie vous accompagner. Puissiez-vous, à l’exemple des mages, venir chaque jour contempler Jésus Petit Enfant, pour puiser les forces nécessaires afin que votre service soit toujours au service de la Vérité et de la Beauté !

Ainsi soit-il !

+ Georges Colomb

Evêque de La Rochelle et Saintes

 

[1] Deutéronome, VIII, 3 et Matthieu, IV, 4.

[2] Psaume, 118, 5.

[3] Jérémie, V, 14 et XX, 9.

[4] Jérémie, XXIII, 29.

[5] Actes, VI, 2.

 

Reportage photographique - Crédit photos : Fabrice Nicieja-Paroisse du Christ Sauveur-Service communication

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