Homélie donnée par Mgr Colomb à la cathédrale de La Rochelle jeudi 24 janvier pour la fête de Saint-François de Sales, patron des journalistes et des écrivains.
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Homélie donnée par Mgr Colomb à la cathédrale de La Rochelle jeudi 24 janvier pour la fête de Saint-François de Sales, patron des journalistes et des écrivains.

Homélie donnée par Mgr Georges Colomb à la cathédrale de La Rochelle jeudi 24 janvier à 18 H 30 pour la fête de Saint-François de Sales, patron des journalistes et des écrivains.  

 

L’Eglise célèbre aujourd’hui la mémoire d’un évêque qui illumina l’aurore du XVII° siècle par sa charité, son zèle missionnaire et sa très fine connaissance de la psychologie humaine : saint François de Sales. Ce pasteur savant et dévoué fut proposé aux journalistes du monde entier comme modèle et patron, peut-être parce qu’au nombre des clercs, il fut le premier à employer l’imprimerie et qu’ainsi, il diffusa ses sermons en leur donnant un format de journal. «C’est l'une des plus grandes figures de l'Église et de l'Histoire, écrivait saint Paul VI à son sujet. Il est le protecteur des journalistes et des publicistes parce qu'il rédigea lui-même une première publication périodique. Au cours de cette messe, nous prierons tout particulièrement pour les 80 reporters morts en mission en 2018 (Ils étaient 65 en 2017) et pour les 348 journalistes actuellement détenus dans différents pays (Ils étaient 326 en 2017). Nous pouvons qualifier d’œcuménique ce saint qui écrivit les Controverses afin de raisonner clairement et aimablement avec les calvinistes de son temps. Il fut un maître de spiritualité qui enseigna la perfection chrétienne pour tous les états de vie. Il fut sous ces aspects un précurseur du IIe concile œcuménique du Vatican. Ses grands idéaux sont toujours d'actualité».

Tout au long de sa laborieuse vie, saint François de Sales nous a laissé trois passions, qu’il souhaite partager avec vous, journalistes : un grand amour pour la vérité, une remarquable charité pour le prochain et enfin la conviction profonde que Dieu a sur tout homme un dessein sacré.

  • AMOUR POUR LA VÉRITÉ. Le journaliste a pour mission essentielle d’informer ses proches des grandes décisions et des hauts faits qui illustrent la vie sociale et le quotidien de ses proches. Pour autant, un bon article n’est jamais un pur descriptif d’événements passés, mais il comprend également une appréciation qui varie suivant la formation, l’histoire, les idées de tout un chacun. Certes, le jugement de valeur que le journaliste émet au regard de tel ou tel fait comporte une part de subjectivité, mais subjectivité ne signifie pas subjectivisme. Dans un monde profondément marqué par le relativisme, la perte du sens, le journaliste doit assumer une fonction quasi-prophétique. Sondant les ressources de l’esprit humain, il lui faut montrer à ses lecteurs la réalité sous-jacente de l’actualité, ce fond des choses qu’un premier regard ne peut suspecter, mais que l’analyse et la sagacité des gens du métier dévoilent avec un grand profit. Chaque traité, chaque sermon, chaque conférence de saint François de Sales révèle en lui un soin profond de transmettre aux âmes confiées à ses soins, la Vérité première qui est le Christ. Saint François de Sales nous rappelle que si l’homme est amené à changer et à évoluer, il s’épanouit dans un cadre qui est pensé et défini par Dieu. Seule la recherche sincère et libre de la vérité procure à l’homme un bonheur durable, parce qu’elle permet d’identifier, dans un contexte continuellement fluctuant, un ensemble de balises morales et spirituelles qui sont un précieux facteur de cohérence, d’unité et d’authenticité de la vie personnelle.
  • CHARITÉ POUR LE PROCHAIN. «Les hommes font plus par amour et charité que sévérité et rigueur». Au journaliste, revient une seconde mission : celle de former, de nourrir, d’édifier la conscience de son prochain. Saint François de Sales vécut en un temps profondément marqué par le renouveau des lettres, des sciences et des arts. Une époque où l’on redécouvrait les recoins secrets de l’homme, de son histoire, de la civilisation gréco-romaine dont nous sommes les héritiers. Mais il voulut donner à ce printemps tout son éclat en le replaçant sous le signe du cœur. L’homme n’est pas un amas de cellules ; il n’est pas non plus une intelligence froide et insensible ; l’homme est un composé de chair et d’âme, qui a un besoin vital de donner et de recevoir de l’amour. C’est à l’homme intégral que s’adressa l’évêque de Genève : sa parole instruisait, guérissait et nourrissait, un peu à la manière du Christ que l’évangile de ce jour nous offre à contempler dans sa barque, annonçant au monde les merveilles de Dieu. « Il avait fait beaucoup de guérisons, atteste saint Marc, si bien que tous ceux qui souffraient de quelque mal se précipitaient sur lui pour le toucher. Et lorsque les esprits impurs le voyaient, ils se jetaient à ses pieds et criaient : tu es le Fils de Dieu ». Telle était la force du témoignage rendu par le Christ : sa parole touchait les cœurs, semant la joie et la paix autour de lui. Une vérité proférée sans amour du prochain ne vivifie pas, mais elle peut heurter, blesser et parfois même tuer. « C'est par la charité qu'il faut ébranler les murs de Genève, expliquait saint François de Sales à ses prêtres, par la charité qu'il faut l'envahir, par la charité qu'il faut la recouvrer.... Je ne vous propose ni le fer, ni cette poudre dont l'odeur et la saveur rappellent la fournaise infernale... C'est par nous-mêmes que nous devons repousser l'ennemi, par l'exemple et la sainteté de notre vie ». Vous avez dans vos mains une arme puissante : la parole. Cet instrument fascinant peut servir pour la vie ou pour la mort, suivant l’usage que l’on en fait. Diffusez, prêchez la vérité, mais en ayant toujours soin de guérir, d’apaiser, de consoler, de fortifier le cœur de vos lecteurs, et non de détruire ce qu’ils ont en eux de plus précieux, de plus intime, de plus sacré. La haine, l’obscénité, la calomnie, le mensonge, tuent ; l’amour de la vérité, la recherche du bien, sont en revanche de grands remèdes à la misère de notre temps.
  • LE SENS PROVIDENTIEL DE L’HISTOIRE ET L’APPEL UNIVERSEL A LA SAINTETE. Saint François de Sales eut encore la conviction profonde que tout homme constitue une histoire sacrée. Certains auteurs de son temps divulguaient une vision extrêmement pessimiste de l’homme, que l’on décrivait sans cesse enclin à pécher, incapable par lui-même de réaliser quelque bien. Saint François de Sales voulut susciter dans l’esprit de ses contemporains un nouvel émerveillement devant les horizons inouïs de progrès qui s’ouvrent à chacun. Quels que soient sa profession, son histoire, son état de vie, chaque homme est appelé à la sainteté. « La vraie dévotion, non seulement ne gâte nulle sorte de vacation ni d’affaires, mais au contraire elle les orne et embellit. Toutes sortes de pierreries jetées dedans le miel en deviennent plus éclatantes, chacune selon sa couleur, et chacun devient plus agréable en sa vacation la conjoignant à la dévotion : le soin de la famille en est rendu paisible, l’amour du mari et de la femme plus sincère, le service du prince plus fidèle, et toutes sortes d’occupations plus suaves et amiables ». Voici l’intuition géniale de saint François de Sales : tout homme est appelé à la sainteté, car Dieu, le Créateur et le Maître de l’univers, nous connaît mieux que nous - mêmes. Peut-être est-ce là le troisième enseignement qu’il veut nous léguer aujourd’hui : l’homme est capable de Dieu, il est capable de mener sa vie avec ardeur, avec droiture, de manière à reproduire les exemples de Jésus-Christ et atteindre ainsi les sommets de la sainteté. L’homme gagne tout à s’abandonner sans réserve à son Maître et Seigneur. L’humanisme le plus fécond est l’amour surnaturel de Dieu et du prochain.

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle et Saintes

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