Homélie donnée par Mgr Colomb à la cathédrale d’Oran, le 8 décembre 2018, jour de fête de l’Immaculée Conception, béatification des martyrs de Tibhirine le même jour à la basilique Notre Dame de Santa Cruz
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Homélie donnée par Mgr Colomb à la cathédrale d’Oran, le 8 décembre 2018, jour de fête de l’Immaculée Conception, béatification des martyrs de Tibhirine le même jour à la basilique Notre Dame de Santa Cruz

Homélie donnée par Mgr Colomb à la cathédrale d'Oran, le 8 décembre 2018, jour de fête de l'Immaculée Conception, béatification des martyrs de Tibhirine le même jour à la basilique Notre Dame de Santa Cruz

 

Marie est comblée de grâces (salutation angélique), préservée du péché originel dès sa conception, devenue Mère de Dieu (Pape Pie IX, 1854).

La médaille miraculeuse (apparition à sainte Catherine Labouré en 1830), le message de Marie à Bernadette en 1858…

Les missionnaires français ont largement contribué à faire connaître ce dogme auprès des fidèles du monde entier : Marie est comblée de grâces, le Seigneur est avec elle. L’Esprit Saint est venu sur elle.

I L’annonciation est la deuxième étape de la création, pourrait-on dire.

Première étape : l’homme créé à l’image de Dieu, à sa ressemblance, se prend pour Dieu, pour son propre Créateur : c’est le péché originel. Petite parenthèse : ce péché est bien actuel. L’homme contemporain ne joue-t-il pas à l’apprenti sorcier ? Tous les débats sur la bioéthique doivent légitimement interpeller notre conscience. Le XX° siècle, les idéologies perverses qui ont ensanglanté l’Europe et obscurci toute une partie du monde, les expériences qu’elles ont encouragées sur l’être humain devraient nous servir de leçon. L’Eglise n’a pas l’intention de fermer la porte à la recherche scientifique, mais elle entend rappeler la sagesse divine, la sagesse humaine héritée de la culture grecque : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » (Rabelais). Protagoras : l’homme est la mesure de toute chose.

Deuxième étape : l’annonciation, l’incarnation du Verbe que rappelle la lettre aux Ephésiens – « Dieu vous a choisis dans le Christ avant la fondation du monde, pour que vous soyez saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Nous sommes pour lui des fils adoptifs ! »

Les promesses faites aux prophètes se réalisent en la personne de la Vierge Marie. C’est dans une humble demeure de Nazareth, chez une fille de Judée que s’opère le mystère de la Rédemption, du salut de l’homme.

II Le témoignage des martyrs d’Algérie met en lumière un trait saillant du mystère de l’Incarnation. Dieu est venu confondre dans la faiblesse ce qui était fort, comme nous le chantons dans le Magnificat : « renverser les puissants, élever les humbles ». Ce qui a du prix pour Notre Seigneur, ce ne sont pas les richesses du siècle, une situation sociale bien établie, l’estime et les honneurs de la société ; ce qui a du prix, c’est la simplicité du désir, le mouvement humble et sincère d’un cœur qui le cherche. Ce cœur humble et sincère, c’est celui des moines de Tibhirine, à la recherche de Dieu, c’est celui des autres martyrs d’Algérie qui nous montrent une autre forme de réussite : l’accomplissement du bon vouloir de Dieu. Le martyre peut demeurer incompris du monde matérialiste et hédoniste. Soyons certains que le martyre de nos frères fidèles à leur foi en Dieu, fidèles à l’Eglise, fidèles à la terre d’Algérie, fidèles au petit peuple de Tibhirine et d’ailleurs dans ce pays, soyons certains que le martyre de nos frères dans ce pays est compris par le peuple ! Tous savent ici que chacun des martyrs aurait pu partir en France ou ailleurs pour sauver sa vie : ils ont pourtant fait le choix de rester.

L’histoire de l’Eglise catholique dans ce pays, c’est une histoire de fidélité et d’amour.

Le martyre peut être inconnu du monde, il souligne une évidence : que nous croyons ou pas à la vie éternelle, le temps passe et un jour viendra où nous sera enlevée jusqu’à la possession de notre propre corps. Il n’existe aucune alternative sensée à cette perspective !

Mais il existe une alternative au vide de l’existence, à la superficialité mondaine, au règne de l’apparence. Cette alternative est celle que nous propose le Seigneur Jésus-Christ : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera ».

Frères et sœurs, notre pèlerinage sur les pas des dix-neuf martyrs doit aboutir à un profond renouvellement de notre vie d’union à Dieu, de notre souci du prochain, de notre conception du bonheur. Saint Augustin nous exhorte à cet art de vivre en chrétien : « Méprisez donc le siècle… Vous voulez des richesses, des honneurs… Le martyr a méprisé tout cela et pourtant vous vous réunissez sur son tombeau… Vous direz encore : les temps sont durs, mauvais ! Vivez sagement, et en vivant de la sorte vous changerez les temps ; vous changerez le temps et vous n'aurez plus sujet de murmurer ».

Chers amis, avant de nous séparer, prenons la résolution de prier pour que la paix du Christ habite le cœur des hommes et des femmes de ce pays. La belle veillée de prière vécue hier soir nous a fait goûter aux fruits du don de leur vie par nos dix-neuf frères : la présence de nos frères algériens, la prière des croyants musulmans présents dans cette cathédrale nous a rappelé que le mystère de la foi est grand et qu’il faut prendre le temps de la rencontre, du dialogue, car la vérité, ce n’est pas moi, ce n’est pas toi : la vérité, c’est le Christ !

Seigneur, à la suite de Marie, nous vous disons : « Je suis ta servante, je suis ton serviteur, qu’il soit fait selon ta parole ». Tu peux compter sur moi !

Ainsi soit-il.

 

+ Georges Colomb

 

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