Homélie donnée par Mgr Colomb, dimanche 3 mars
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Homélie donnée par Mgr Colomb, dimanche 3 mars

Une des raisons de nous retrouver chaque dimanche est la joie de rencontrer des proches avec lesquels nous partageons notre foi. Nous vivons dans un monde où croire en Dieu ne va pas de soi. Aussi, nous goûtons comme une joie la chance qui nous est donnée de nous retrouver dans la foi et de partager notre espérance. Pour relever les défis de la vie, nous avons besoin de la présence de nos amis.

S’il y a incontestablement de la joie à être ensemble, ce serait de la naïveté d'ignorer qu'il y a entre nous des différences et que notre vie communautaire connaît des tensions et même des conflits. Ce n'est pas d'aujourd'hui ! Dans la première communauté chrétienne, il y a eu des difficultés, comme le montre l'exigence rapportée par l'extrait de l'évangile de Luc lu aujourd’hui qui nous parle de l’organisation des relations entre «frères» : «Qu 'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ! Et comment peux-tu dire à ton frère : «Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil. Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil ; et alors tu verras clair pour ôter la paille qui est dans l'œil de ton frère !» (Luc 6,41-42).

Cette exigence nous pousse à examiner notre vie personnelle et le fonctionnement de notre communauté chrétienne.

Cette parole nous invite à ne pas accabler de reproches ou de leçons de morale nos frères et nos sœurs. L'interdit posé par Jésus est clair ; il concerne la communauté chrétienne : ne pas dénoncer et ne pas donner de leçons, et ainsi ne pas exclure. Cet interdit posé par Jésus est difficile à vivre parce que celui qui a une poutre dans l'œil est aveugle et ne voit plus rien. C'est pourquoi les leçons de morale de quelqu'un qui a une poutre dans l'œil sont celles d'un aveugle qui veut guider les autres aveugles, comme le dit aujourd'hui Jésus : «Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans un trou ?» (6,39).

La parole de Jésus nous demande aussi de commencer par ce que l'on appelle aujourd'hui «un travail sur soi» : enlever ce qui empêche de voir clair. Ce travail commence par une disponibilité intérieure : écarter ce qui fait écran et nous empêche de voir la réalité. La parole qui naît alors est une parole qui construit et ne détruit pas. De même, dans la prière personnelle, on passe beaucoup de temps à tenir à distance et à éliminer ce qui occupe l'esprit en vain et nous empêche d'entendre la Parole de Dieu.

La parole de Jésus ne concerne pas seulement la vie personnelle. Elle concerne aussi la communauté chrétienne comme telle. Qui parmi nous ne ressent douloureusement le fait que l'enseignement de l'Église ne soit pas reçu ? Vous le constatez au contact quotidien des collègues, des voisins et même dans vos familles. Oui, tout cela est douloureux et ne correspond pas à ce que Jésus nous demande.

Pour comprendre la valeur de ce que Jésus nous dit aujourd'hui, nous pouvons penser au chemin qui fut celui de notre accès à la foi ou celui de son approfondissement. Nous avons été marqués par ceux qui nous ont formés.

Les personnes qui nous ont le plus marqués quand nous avions besoin d'une parole de vérité étaient de toutes conditions ; parmi elles, celles qui avaient souffert, ceux qui avaient mûri dans l'épreuve et appris à vivre la bonté qui n'accuse pas ? Ainsi que le dit Jésus aujourd'hui : «Jamais un bon arbre ne donne de mauvais fruits ; jamais un mauvais arbre ne donne de bons fruits. On ne cueille pas des figues sur les épines ; on ne vendange pas non plus du raisin sur les ronces» (Luc 6,43-44).

Car la parole adressée à autrui par celui qui se prétend parfait est souvent blessante et donc inadaptée. Un buisson d'épines ou un massif de ronces peuvent déchirer la peau, notre parole ne doit pas déchirer la délicatesse de l'âme qui s'ouvre à la lumière. Elle doit naître de la bonté du cœur. De cette bonté, Jésus nous dit aujourd'hui : «L'homme bon tire le bien du trésor de son cœur» (Luc (VI,45).

Cette bonté est souvent acquise au prix de la souffrance. Celui qui a souffert a appris à connaître ses limites. I1 a enlevé ce qui l'empêchait de voir clair. Ce qu'il sait, il le dit avec humilité et sans la dureté que l'on voit sur le visage des inquisiteurs ou des donneurs de leçons. Celui qui expérimenté la difficulté de la fidélité est capable de montrer la route. Il est devenu «un homme bon et noble» comme le dit maître Eckhart.

Ceux qui nous aident à naître à la vie en Christ, à grandir et à mûrir, sont devenus par leur humilité une image de celui qui se donne à nous : Dieu en son humanité. N'est-ce pas pour cela qu'au milieu des images de cette page d'Évangile Jésus nous dit ce qui fait notre grandeur d'enfant de Dieu ? Il dit en effet que «Le disciple n'est pas au-dessus de son maître ; mais celui qui est bien formé est comme son maître» (Luc 6,40). Les visages de bonté qui nous ont aidés et nous aident à grandir dans la vie ne sont-ils pas des manifestations et des présences de Dieu dans notre vie ?

Oui, frères et sœurs, s'il y a de la joie à être ensemble dans la même célébration, c'est parce que l'esprit saint agit en nous. Il fait de nous des êtres au cœur bon. Il nous fait à l'image de Dieu fait homme.

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle et Saintes

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