Homélie donnée par Mgr Colomb pour le 23e dimanche du TO
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Homélie donnée par Mgr Colomb pour le 23e dimanche du TO

Homélie donnée par Mgr Colomb pour le 23e dimanche du TO 9 septembre 2018

 

Chers frères et Sœurs,

Une fois encore, les lectures de ce dimanche sont merveilleuses !  Contemplons et méditons cette scène de l’Evangile que nous offre l’Eglise aujourd’hui. Contemplons-la et laissons-la retentir au plus profond de nos cœurs.

Ce tableau, c’est ni plus ni moins Dieu lui-même, en la personne de Jésus, qui se penche sur un infirme profond, tel qu’il y en avait beaucoup en Israël. Il le guérit, et le rend à la vie, sociale et religieuse, car en tant qu’infirme, (donc puni par Dieu selon les croyances de l’époque), il était exclu de toute assemblée. Dieu n’est donc pas définitivement rivé à son ciel, regardant les hommes d’un air tour à tour indifférent, ou courroucé. Il n’est pas loin des hommes. Au contraire, il nous est si proche : en Jésus, c’est lui qui marche avec nous. Il guérit, soulage, écoute. «Voici votre Dieu», nous dit le prophète Isaïe ; «c’est la vengeance qui vient, la revanche qui vient». Oui, la revanche sur tant et tant de souffrances, mais aussi la revanche sur l’injustice et sur le mal. La venue du Seigneur, c’est l’annonce d’un monde plus beau. Quelle espérance ! Espérance pour aujourd’hui, chers amis.

Il est intéressant de noter ici la force de la solidarité : des gens lui amènent un sourd, dit saint Marc ; le sourd n’est pas seul, il a tout un réseau de voisinage qui le soutient et l’entoure. Ses amis profitent du passage de Jésus (dont la réputation a franchi le lac de Tibériade et va en plein territoire païen) pour le présenter au Seigneur. Puisqu’on est en plein territoire païen, c’est un signe fort que nous envoie l’évangéliste : la compassion, la pitié, la bonté ne sont pas le monopole d’un pays ou même d’une religion ; elles sont capables de s’exprimer partout, surtout là où on ne s’y attend pas. Et nous pouvons en même temps remarquer l’ouverture d’esprit de Jésus qui n’hésite pas à s’aventurer en plein territoire étranger, chose que beaucoup de juifs n’auraient pas fait, par souci de pureté rituelle.

Cette solidarité, cette compassion, nous en sommes témoins tous les jours dans notre Eglise par toutes les belles actions faites auprès des personnes qui souffrent, qui sont exclues. Tous les bénévoles qui, avec une générosité sans faille, accompagnent les personnes en fin de vie, nous invitent à les rejoindre. Le refrain du psaume de ce dimanche nous donne d’ailleurs une feuille de route : «je veux louer le Seigneur tant que je vis !» Oui, Chers frères et sœurs, que notre vie, à travers toutes nos actions, soit un hymne à la louange et à la Gloire de Dieu ! Saint-François de Sales nous dit la même chose : «Ne parle pas de Dieu, fais en sorte que par ta vie, les gens te posent des questions sur lui».

La lettre de Saint Jacques va dans le même sens : elle nous commande de ne pas pratiquer la partialité dans l’accueil des personnes, qu’il s’agisse d’un riche au vêtement rutilant et aux bagues en or ou d’un pauvre au vêtement sale. Nous savons d’expérience où va spontanément souvent notre préférence. Combien la Parole de Dieu, sur des cas concrets, sollicite la vérité de notre agir, et nous oblige à une authenticité de vie, sans compromission si possible !...

Alors comme nous l’indique l’évangile, Jésus entraîne le sourd à l’écart parce que ç’est à l’écart que peuvent se vivre les véritables rencontres avec le Seigneur, pour qu’elles soient authentiques, vraies, venant du cœur de la personne, et non sous l’influence de qui que ce soit, celle de nos parents, des amis bien intentionnés, celle de notre entourage. C’est dans le cœur à cœur avec Dieu, dans le silence, en «retrait» du monde, que Jésus touche les endroits malades, les oreilles, la bouche, comme pour rétablir sur eux le flux divin momentanément rompu. Les premières pages de la Genèse nous montrent la rupture de l’homme (à cause de son péché) avec Dieu. Cette union de Dieu avec sa créature avait été durement brisée. Jésus vient la rétablir, d’une certaine façon le courant peut passer de nouveau, et l’homme peut entendre ce que le Seigneur lui dit, et prononcer correctement sa parole.

Le cœur à cœur avec Jésus permet la conversion, l’ouverture de l’esprit : Effata ! C'est-à-dire ouvre-toi ! L’ordre n’est pas adressé aux oreilles, qui vont s’ouvrir, ou à la bouche, qui va libérer la parole trop longtemps bâillonnée. Il est adressé à toute la personne, à son coeur, à son intelligence, à son esprit. Le prêtre lorsqu’il célèbre le baptême touche les oreilles et la bouche du Baptisé en disant « Effata », ouvre tes oreilles pour écouter la parole de Dieu, ouvre la bouche pour la proclamer.

Cet ordre, nous devons le recevoir pour nous-mêmes aujourd'hui ; il n’existerait pas bien sûr si tout allait bien ; il est pour nous, il retentit parce que justement nous croyons être ouverts à beaucoup de choses, alors que nous sommes envahis encore trop souvent par des idées toutes faites, des préjugés, des jugements sur les personnes ou les événements.

Nous sommes rassemblés aujourd’hui pour écouter la parole, parce que nous avons l’intuition que beaucoup de choses doivent encore bouger en nous et autour de nous, et que nous voulons laisser faire Jésus en nous. Nous pouvons lui adresser cette prière : «Seigneur, qu’est-ce qui doit bouger en moi ? A quoi, à qui dois-je m’ouvrir ? Quel regard doit changer ? Je demande ton esprit saint pour qu’il me le fasse découvrir, même si cela peut être douloureux, et difficile». Par l’intercession de la Vierge Marie, demandons au Seigneur de nous éclairer et de nous faire la grâce d’une totale confiance en lui qui a fait confiance à son père en lui obéissant jusqu’à la croix.

Chers frères et Soeurs, laissons retentir dans le silence de nos coeurs, tout au long de la semaine, cette parole d’Espérance du Prophète Isaie :

«Soyez fort, ne craignez pas, voici votre Dieu !». Ainsi soit-il !

+ Georges Colomb

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