Homélie donnée par Mgr Georges Colomb pour le millénaire de l’Abbaye de Bassac
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Homélie donnée par Mgr Georges Colomb pour le millénaire de l’Abbaye de Bassac

Homélie donnée par Mgr Georges Colomb pour le millénaire de l'Abbaye de Bassac à l'invitation de Mgr Hervé Gosselin, évêque d'Angoulême le 12 novembre 2017

 

Cher Monseigneur Gosselin, cher confrère et ami, chers amis,

 La dédicace d'une église est une action liturgique solennelle qui unit le ciel à la terre et qui transfigure un édifice, modeste ou grandiose, œuvre des hommes,  en temple de l'Esprit. Elle exprime de manière toute particulière le mystère même de l’Eglise, temple de pierre, communauté des croyants, envoyée pour sauver et guérir le   monde.

Temple de pierre

Dieu, les cieux ne sauraient le contenir. Mais afin que son peuple puisse le rencontrer, le Tout puissant consent à  manifester sa Gloire au sein de la nuée dans le Temple de Jérusalem. "Or, lorsque les prêtres furent sortis du lieu saint, la nuée remplit la maison du Seigneur et les prêtres ne pouvaient pas s'y tenir pour leur service à cause de cette nuée, car la Gloire du Seigneur remplissait la maison du Seigneur"(1 R 8, 1-11).

C'est donc Dieu lui-même qui consacre le Temple qui sera le centre du culte de Yahweh.

Jésus connaît, aime et respecte le Temple depuis l'enfance. "Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur" (Luc 2,22).

Plus tard  "Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple…et dit aux marchands …"Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce"(Jn 2,14-16).

Les premiers disciples fidèles à l'enseignement et à la pratique de Jésus se rassemblaient au Temple.

Mais on sait ce qu'il advint du temple de pierres….

Car le seul vrai temple est un homme, Jésus de Nazareth, et à sa suite tous ceux qui ont été greffés sur lui par le baptême : " Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais!" Mais lui parlait du sanctuaire de son corps" (Jn 2, 19-21).

Persécutés, les chrétiens se rassemblaient dans des maisons amies. Plus tard on aménagea des chapelles pour y  vénérer les reliques des martyrs. Malgré les persécutions qui sévirent jusqu’à la conversion de l’empereur Constantin au IVe siècle de nombreux édifices destinés au culte furent érigés et le rituel de consécration se précisa.

Jusqu’au milieu du VI° siècle c'est la célébration de la première eucharistie qui consacre l'édifice.   Jean Chrysostome précise : "L’autel a ceci de merveilleux que, tout en étant par sa simple nature une simple pierre, il est sanctifié par le fait qu’il reçoit le corps du Christ".

Ce que les sacrements de l’initiation réalisent pour une personne, la dédicace l’opère pour l'église consacrée.

Pour Yves de Chartres, évêque contemporain de l'édification de Bassac,  la consécration de l'église est la première étape d'un processus nécessaire:" il faut que le bâtiment soit baptisé pour que les fidèles puissent l'être à leur tour et que les autres sacrements s'accomplissent au sein de l'espace fonctionnel qu'est l'église" (La maison de Dieu, une histoire monumentale par Dominique Iogna-Prat Ed Seuil 2006)

Communauté des croyants

Voici ce que disait Bernard à l'occasion de la consécration de l'église de Clairvaux :"Quelle sainteté peuvent avoir ces pierres pour que nous fassions une fête pour elles ? Si elles sont saintes ce n'est qu'à cause de vos corps".

L'église est avant tout l'assemblée du peuple de Dieu réunie pour entendre la Parole, prier ensemble et vivre les sacrements. La consécration du bâtiment renvoie immédiatement à la communauté humaine qui s'y rassemble.

Quand  sous la mouvance de l'Esprit Pierre est capable de confesser "Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant!" (Mt 16,16)  Jésus l’envoie aussitôt vers l’Eglise à naître : " Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ; et la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle" (Mt 16, 18).

Plus que  nouveau temple de pierres fait de mains d'hommes, l'Eglise dont Pierre est le pilier et Jésus la pierre d'angle rejetée des bâtisseurs est d'abord le rassemblement de celles et ceux qui, ouverts à l'action de l'Esprit écoutent la Parole de Dieu et sont capables, non pas à cause de leurs vertus propres, de leur courage ou de leur intelligence mais sous la mouvance de l'Esprit, à l'image et à la suite de Pierre, de proclamer Jésus vrai homme et vrai Dieu, fils du Dieu vivant.

 Signe visible de la consécration baptismale des chrétiens qui se réunissent pour écouter la parole de Dieu et célébrer l'eucharistique, le bâtiment rappelle la présence actuelle du Christ venu sauver les hommes de ce monde et de ce temps.

Pour le salut du monde

L'espace géographique  consacré n'est pas un lieu réservé à quelques-uns.

Pour employer une image contemporaine on pourrait dire que l'ADN de l'Eglise c'est, dès l'origine, la mission.   L'Eglise est toujours "en sortie", tournée vers les hommes qui ont soif de Dieu.

"Il faut que j'aille demeurer dans ta maison" dit Jésus à Zachée (Luc 19,5). "Il faut". Entendons cette urgence. Dieu cherche l'homme. Jésus ne dit pas à Zachée "viens dans le Temple", il se doute bien que cet homme serait mal accueilli ! Non, il dit "il faut que j'aille demeurer en ta maison."

Le jour de la fête de la Dédicace Jésus est au Temple:" Alors arriva la fête de la dédicace du Temple à Jérusalem…Jésus allait et venait dans le Temple, sous la colonnade de Salomon." (Jn 10,22-23). Dans le Temple même, Dieu attend les hommes. Il les cherche. On sait bien que le jour des grandes fêtes, et la fête de la Dédicace en est une, beaucoup de curieux se mêlent aux croyants. "Jésus allait et venait", il y a là comme un écho à ce Dieu qui appelle l'homme depuis l'origine :"  Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : 'Où es-tu donc ?' " (Gn 3, 9).

Consacrant la nouvelle cathédrale de Créteil en septembre 2015, le Cardinal André Vingt Trois rappelait que les chrétiens n'ont pas le fétichisme des choses. Leur persévérance à édifier des monuments que l'on veut beaux et durables est avant tout reconnaissance des fruits de l'action de l'Esprit en ce monde. Consacrer une église, c'est rendre visible dans les villes comme dans les campagnes  la présence  du Dieu vivant qui cherche les hommes pour les faire entrer dans l'Alliance éternelle.

En 1000 ans d'une histoire qui unit le diocèse de Saintes et celui d'Angoulême, Bassac a connu sièges, pillages et destructions. A chaque fois elle s'est relevée pour que l'Evangile soit annoncé au monde. Elle vit aujourd'hui une nouvelle étape de sa longue histoire. Dieu est maître du temps. Il est aussi maître des moyens. Il vient habiter de manière sans cesse renouvelée ce monde créé par amour. C'est aujourd'hui un couple de laïcs qui a reçu mission de poursuivre l'animation spirituelle de ce lieu.

Ici la Parole sera encore proclamée et la Bonne Nouvelle annoncée pour le salut du monde. Je ne doute pas que l’esprit saint et les intuitions de mon confrère Hervé sauront  redonner à ce lieu sa vocation originelle !

+ Georges Colomb

 

Crédit photo : Diocèse d'Angoulême

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