Homélie donnée pour l’ordination diaconale en vue du sacerdoce de guy Auburtin, à l’église de Saint – Jean d’Angély le 16 décembre
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Homélie donnée pour l’ordination diaconale en vue du sacerdoce de guy Auburtin, à l’église de Saint – Jean d’Angély le 16 décembre

Ordination diaconale de Guy

Cher Guy, chers frères et sœurs,

Quelle joie aujourd’hui pour l’Eglise de la Rochelle et Saintes ! Quelle émotion pour Guy, pour vous ses enfants et petits-enfants, nous sommes ici réunis autour de votre père, votre grand père, qui va être ordonné diacre en vue du sacerdoce. Je ne peux m’empêcher de penser à votre épouse, Guy. De la fenêtre du ciel, elle vous regarde et vous adresse un geste de tendresse. Elle intercède pour vous… A vous, la famille de Guy, je dis merci. Merci d’avoir accepté le oui de Guy, merci de donner à l’Eglise, un serviteur de la Parole, de l’autel et des pauvres !

« Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Eclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur, bondis de joie, fille de Jérusalem ! » Telles sont les acclamations que la liturgie du troisième dimanche de l’Avent, dimanche de Gaudete, met aujourd’hui sur nos lèvres. Joie, allégresse, espérance, confiance : toutes ces dispositions se bousculent dans le secret de notre âme, non seulement parce que l’avènement de Jésus-Christ approche, mais aussi parce que l’Eglise entoure de sa prière et de ses bénédictions notre frère Guy, en ce jour de son ordination diaconale.

L’évangile nous offre à méditer l’enseignement de saint Jean-Baptiste, dernier prophète de l’Ancienne Alliance et Précurseur du messie. Sur les bords du Jourdain, il s’adonnait à trois grands ministères : 1) un ministère d’enseignement, par lequel il annonçait Jésus au monde ; 2) un ministère de charité, inscrivant dans le cœur de ceux qui venaient à lui les principes d’une plus grande attention au prochain, d’une plus grande compassion envers les pauvres et les miséreux, d’une plus grande justice sociale ; 3) enfin, un ministère rituel, administrant pour la conversion des pécheurs un baptême de pénitence qui annonçait le « baptême dans l’Esprit Saint et dans le feu » qui serait bientôt institué par le Christ. Or, les trois missions du Baptiste présageaient celles que l’Eglise confierait, dès le Ier siècle, aux diacres : ministère de la liturgie, ministère de la parole et ministère de la charité.

  1. MINISTÈRE DE LA LITURGIE. Comme celle de Jean-Baptiste, la mission du diacre doit découler de la présence de Jésus au milieu des hommes. « Il faut qu’il croisse et que je diminue ». Seul un témoignage manifeste et public rendu au Verbe incarné, seule l’adoration en esprit et en vérité peut donner au service diaconal sa pleine coloration ecclésiale, sa consistance spirituelle et son orientation plénière au Christ. Les ministères de la parole et de la charité sont des effusions de la vie sacramentelle où le Christ se donne à nous avec la plénitude de ses grâces et de ses dons. Au diacre revient la mission d’offrir le pain et le vin qui, au cours de la consécration, deviendront le corps et le sang du Christ ; au diacre également de porter le geste de paix, depuis l’autel jusqu’au plus petit de ses frères. Dans le rayonnement de Jésus Hostie, sa mission se situe en plein cœur du mystère de communion, à l’œuvre dans l’Eglise. Et c’est à ce titre qu’il est également ministre du baptême. Il assume donc un rôle de premier plan dans l’éveil à la vie spirituelle, l’accueil de la grâce de Dieu. Dans votre itinéraire de foi, Guy, cette paternité spirituelle aura une résonance toute particulière. Le père de famille que vous avez été et que vous êtes, a mené à bien l’éducation des enfants confiés à son affection ; et je sais que c’est avec une grande sollicitude que vous accompagnerez chacun en faisant renaître par le baptême et en acheminant jusqu’à l’autel ceux qui, par votre intermédiaire, seront touchés par la grâce de Dieu.
  2. MINISTÈRE DE LA PAROLE. De cette orientation décisive à Jésus Hostie découlera une grande passion pour le verbe, la parole de Dieu, qui n’est pas un livre savant, destiné à quelques intellectuels chanceux, mais l’expérience intime et féconde de la rencontre avec le Ressuscité. La parole de Dieu produit trois effets distincts dans le cœur de celui qui sait l’écouter et la mettre en pratique : 1) Elle nourrit : « L’homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu[1]» ; 2) Elle instruit : « Ta parole est une lumière sur ma route, une lampe pour mes pas[2] » ; 3) Elle allume en nous le feu de la charité, nous remplit de vertu et de force. Elle est « un feu dévorant[3] », écrit le prophète Jérémie, « un marteau qui brise le roc[4] ». Le diacre doit faire sienne la parole de Dieu, de deux manières : en la méditant chaque jour dans le silence de l’oraison et la prière de l’office divin à laquelle il s’engage pour toujours ; en la partageant et en la commentant pour l’édification de ses frères. La prédication n’est pas un exercice de controverse théologique, ni un plaidoyer social ou une harangue politique ; elle n’est pas un descriptif des états d’âme et des dispositions du moment, ou une habile synthèse de l’actualité. Elle est un prolongement de la mission apostolique, l’annonce de la joie évangélique jusqu’aux confins de la terre. Revêtu de force et rempli de la sagesse de Dieu, le diacre parcourt le monde pour faire connaître celui qui, dans le dépouillement et la pauvreté de la crèche, est venu confondre ce qui est fort, humilier les superbes, combler de biens les affamés, rendre justice aux pauvres et aux opprimés. Mais il ne peut acquitter pleinement sa mission si, auparavant, la parole de Dieu ne transfigure son quotidien, s’il ne prend soin de conformer ses paroles et ses actes à notre unique modèle, Jésus-Christ.
  3. MINISTÈRE DE LA CHARITÉ. Si la vie sacramentelle est la source de toute diaconie, la charité en est la consommation. Dans votre vie passée, cher Guy, vous avez accompagné les malades sur le chemin de la guérison corporelle ; votre ministère de diacre vous invite à leur offrir, outre une assistance matérielle, les remèdes combien plus consolants et plus durables de la rémission spirituelle. Les Actes des apôtres rapportent que c’est avant tout au « service des tables[5]» que furent préposés les sept premiers diacres. Le Code de Droit Canonique distingue deux tables : celle de l’Eucharistie et celle des Saintes Ecritures, dont nous venons de parler. J’aimerais, pardonnez cette audace, désigner une troisième table, plus simple, plus profane, plus commune, mais qui exige que le diacre lui-même se fasse eucharistie, dans un don sans retour et une profonde action de grâces, et qu’il mette en pratique les enseignements de Jésus. Cette table est celle de la charité : dans votre nouvelle mission, cher Guy, vous approcherez ceux que le diacre saint Laurent désignait comme étant les trésors véritables de l’Eglise : les pauvres. «C’est le plus grand stimulant de la miséricorde, écrivait saint Ambroise, que de compatir aux malheurs d’autrui, de subvenir aux besoins des autres, autant que nous le pouvons et parfois plus que nous ne le pouvons. Mieux vaut en effet fournir des prétextes d’accusation ou endurer l’hostilité en servant la miséricorde, que de montrer de la dureté. L’Église a de l’or, non pas pour le garder, mais pour le dépenser afin de porter secours dans les nécessités. Quel besoin y a-t-il de garder ce qui n’apporte aucune aide[6] ?» Ne les privez pas des vérités de la foi, ces pauvres, ces mendiants du Christ ! Donnez-leur avec le pain de la table, la délicatesse, l’amour, le réconfort que produit la connaissance de Jésus ! Aimez-les avec le cœur de Dieu, accueillant dans les entrailles de votre compassion leurs blessures, leurs fautes, leurs misères, mais sans jamais transiger avec les exigences de la loi divine. Seule cette loi console les affligés, libère les opprimés, affermit les justes, élève les plus petits d’entre les hommes. Une justice sociale qui n’a pas Jésus pour centre est un leurre. Ainsi, à l’exemple de saint Jean-Baptiste, de saint Etienne ou de saint Laurent, le diacre doit assumer une médiation toute spirituelle entre Dieu et l’homme, distincte et complémentaire par rapport à celle du prêtre : il a pour mission de préparer dans les cœurs des pauvres la venue de Jésus, en leur donnant des marques manifestes de son choix préférentiel pour les tout-petits. Il est une détresse plus criante que la seule misère matérielle, c’est l’oubli de Dieu, le refus de son amour, le mépris pour son dessein rédempteur. Marie, Mère du Christ, devient à ce titre l’enseigne de la charité diaconale car elle est la « servante du Seigneur », celle qui a obtenu le salut du monde en raison de son abaissement, de sa petitesse, de son humilité. A la suite de Notre Dame, le ministre ordonné doit enfanter Jésus dans les âmes, par sa parole et son exemple. Il a pour mission d’allumer au cœur du monde le feu de l’Esprit Saint et, comme saint Paul, de se faire tout à tous pour gagner chaque homme au Christ. Si le diacre s’adonne aux œuvres de la charité pour des motifs purement sociaux ou culturels, par simple passion pour l’action ou à une seule fin humanitaire, il ampute sa mission de son sens authentique qui est de donner le Christ total, vrai Dieu et vrai homme, en sa présence eucharistique et mystique, à l’homme intégral, corps, âme, intelligence, volonté et sensibilité.

Qu’il soit à l’autel, à l’ambon où auprès de ses frères, le fidèle disciple de Jésus-Christ cherche à œuvrer à l’avènement du royaume des cieux. Il le fait avec ses modestes ressources, son histoire, ses imperfections, mais s’il accepte de placer son ministère sous le signe de la charité, il peut être assuré de correspondre au bon vouloir de Dieu sur lui et de recevoir de sa miséricorde, une pluie de grâces et de bénédictions. Notre Seigneur nous l’a promis : « Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait quelque bien aux plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l’avez fait[7] ». Ainsi soit-il !

+ Georges Colomb

 

[1] Deutéronome, VIII, 3 et Matthieu, IV, 4.

[2] Psaume, 118, 5.

[3] Jérémie, V, 14 et XX, 9.

[4] Jérémie, XXIII, 29.

[5] Actes, VI, 2.

[6] Saint Ambroise de Milan, De Officiis, II, 28, 136.

[7] Matthieu, XXV, 40.

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