Homélie 18ème Dimanche du T.O. – La Cotinère – messe pour les Péris en Mer

Publié le 6 mai 2018

Homélie 18ème Dimanche du T.O. – Mgr Colomb La Cotinère – messe pour les Péris en Mer

Exode 16, 2-4.12-15 Psaume 77  Évangile selon Saint Marc 35-41

 

 Passons sur l’autre rive : Une journée se termine pour le Seigneur et également pour ses disciples, une journée de labeur, de prise de parole, d’actions, de présence à l’autre pour appeler la foule à aller vers une nouveauté. Et puis, le Seigneur donne cette consigne à ses disciples, ses plus proches, en s’y incluant lui aussi : « Passons sur l’autre rive ». Les disciples ne comprennent pas vraiment le sens de son invitation . Ils le prennent parmi la foule, le conduisent dans une barque. Ils vont passer, mais de quel passage s’agit-il vraiment ? La vie de Jésus est itinérante, n’est-ce pas le propre de la mission ? Et nous, chers frères et sœurs, sur quelle autre rive sommes-nous appelés ? Avons-nous achevé notre mission de Baptisé ? Quel pays pour les missionnaires comme le Père Yann ici présent et qui dans quelques semaines sera de retour dans un univers culturel tout autre, majoritairement hindou et musulman ? Quel aréopage, quel groupe d’hommes et de femmes dans notre diocèse ne connaissent pas encore le Christ ? Allons-nous les laisser dans l’ignorance de l’amour qui n’a pas d’égal et qui donne sens à la vie ? Et si nous faisions mémoire des périodes de notre vie au cours desquelles nous avons vécu des passages ? Pour transmettre, ne faut-il pas d’abord faire mémoire ? Le faisons-nous auprès des jeunes générations. Le psalmiste nous rappelle l’importance de la mémoire pour la transmission de notre foi aux plus jeunes ou tout simplement à ceux qui ne connaissent pas le Christ : « Nous avons entendu et appris ce que nos pères nous ont rapporté…pour les nourrir il fait pleuvoir la manne.. ». Parlons-nous des témoins du Christ que nous avons connus ou dont la vie nous a été rapportée par nos parents, par nos éducateurs dans la foi ?…

En quoi va consister le passage ? Une continuité d’un lieu à l’autre, du point de départ au point d’arrivée, un simple déplacement géographique ou bien sera-ce un changement dans l’intérieur même de celui qui passe ? Alors si c’est cela, beaucoup doit changer, les personnes entrent forcément dans une incertitude, celle de leur propre devenir. Ceci demande, en fait, de s’ancrer dans la confiance envers un Autre qui va organiser le passage… La tempête extérieure trouve une fonction de manifestation, de révélation de l’intérieur de chacun des protagonistes. Elle amène à distinguer l’attitude de celui qui fait confiance à l’évolution intérieure, et qui se laisse intérieurement déplacé sans être effrayé par les aléas extérieurs et l’attitude de ceux qui, pensant un changement extérieur, sont alors fortement perturbés par ces mêmes aléas externes. Nous pensons aux murmures des Hébreux qui nous sont rapportés par le livre de l’Exode. Ils pensent à la nourriture bonne et abondante qu’ils avaient en Égypte ! Dieu nous met à l’épreuve par son audace à laquelle nous ne pouvons pas nous mesurer….

« Pourquoi avons-nous peur ? » Ce passage de l’Écriture vient nous aider à vivre vraiment le passage en nos propres existences, en nos situations. Grâce à ce récit, au cœur de l’épreuve extérieure, de ce qui m’arrive, et qui ne cesse de me rendre craintif, je puis réaliser que je suis en fait d’abord invité à consentir à une évolution intérieure, à un lâcher prise pour entrer dans une nouvelle manière d’être. Je découvre alors que le Seigneur est là avec moi et que, dans cette transformation intérieure, Il me porte. Dès lors, je me situe différemment dans mon action, elle n’est plus simplement référée à moi, à mes résultats, elle est une action conduite en collaboration avec celui qui me conduit, me guide, m’escorte… J’entre en alliance avec lui. Je me considère bien au-delà des actes posés, je m’attache à suivre mon vrai chemin d’humanité qui est celui de la fraternité universelle avec le Seigneur… Quel beau chemin m’est proposé…

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Le récit que nous venons d’entendre se situe au début de l’évangile de Marc. Il est bon d’observer l’humanité de Jésus. Dans ce récit évangélique. Nous voyons Jésus vrai homme et vrai Dieu, vrai homme parce que se conduisant comme les humains, fatigué, ayant besoin de repos et vrai Dieu parce qu’il apaise la tempête ! Les disciples ont dû abandonner la manière humaine de connaître Jésus pour poser l’acte de foi en celui qui vient nous sauver, mais cet acte de foi sera posé au matin de Pâques ! En effet Jésus n’est pas l’image de ce que nous pensons de lui, de ce que nous imaginons, Jésus est l’image de Dieu ! Très souvent on oppose à la foi le doute ou le scepticisme, parfois la raison. Jésus dans ce passage d’évangile oppose à la foi la lâcheté et la peur. En effet la foi est un acte de courage et non une simple adhésion intellectuelle. Nous ne croyons pas en une doctrine, nous croyons en Dieu, au Dieu de Jésus Christ ! Si la foi ne supposait pas le courage, il n’y aurait pas de martyrs. Il y aurait simplement des docteurs, des savants dans notre Église. Une foi sans acte, n’est pas vraie ; une foi sans courage n’est que comédie mondaine ! Sommes nous des chrétiens courageux lorsque nous sommes dans un environnement qui n’est pas chrétien ? Et, ils sont nombreux les cercles loin de notre Église, voire hostiles à elle, dans notre monde, notre société, notre diocèse sans doute aussi ! Mettons-nous la croix dans la poche ? Nous contentons-nous d’affirmer des valeurs chrétiennes comme certains parlent des valeurs de la République ? Cela ne coûte pas cher et n’engage à rien ! Ou bien parlons-nous du Christ vivant et du salut qu’il apporte à notre humanité ? « N’ayez pas peur », nous dit Jésus ! Ne vous affolez pas, ne soyez pas des pessimistes, des louangeurs du temps passé, des routiniers ! L’Église n’est pas un lieu de pouvoir, c’est le lieu du service, alors vous n’avez rien à perdre ! C’est le courage qui donne la confiance, chers amis et c’est la confiance qui nous permet de tenir debout dans la barque de l’Église aux côtés de Jésus !

+ Georges Colomb
Évêque de La Rochelle et Saintes

Merci à @Léna Soudre pour la photo parue dans Sud-Ouest