Homélie donnée à la Messe du samedi 8 juin 2019 pour le dépôt des reliques de saint-François de Laval dans la chapelle Saint-François de Laval de l’église Saint-Sauveur de La Rochelle en présence du Représentant du Délégué général du gouvernement du Québec, du supérieur général des Missions Etrangères de Paris, le Père Gilles Reithinger, du Chanoine Gingras, représentant S.E. le Cardinal Lacroix, archevêque de Québec et des diverses Associations Franco-Québécoises.

  • « C’est à cause de l’espérance d’Israël que je porte ces chaînes ». L’évangile nous propose un idéal exigeant. Celui qui veut suivre le Christ de tout son cœur accepte de se laisser guider par un ensemble de lois évangéliques qui, loin de restreindre sa liberté, la guide sur les sentiers longs et escarpés de la mort à soi-même. L’abnégation, si bien pratiquée par saint François de Montmorency – Laval au cours de son existence terrestre, suggère certes une forme d’ascèse, de privation, de renoncement, mais elle ne se réduit pas à cet aspect négatif de la morale chrétienne. Les renoncements ne sont acceptées et aimées que parce qu’ils permettent d’obtenir plus sûrement et avec un plus grand profit les grâces dont Dieu veut illuminer nos journées. Au fil de nos conversions, de nos progrès, de nos efforts, nous apprenons à mettre nos pas dans les pas de Dieu et par les œuvres de justice, à marcher sûrement vers la béatitude. « Vraiment, le Seigneur est juste ; il aime toute justice ; les hommes droits le verront face à face », avons-nous chanter avec le psalmiste. Demandons à Dieu cette pureté du cœur qui donne de le contempler. A notre tour, acceptons de porter, comme les apôtres et la foule innombrable des saints qui nous précèdent, ces chaînes spirituelles qui nous promettent le ciel. Ces chaînes, ce sont nos renoncements, nos efforts, notre force morale et notre persévérance face aux tentations de la vie, les services que nous rendons au prochain, la prévenance affectueuse que nous témoignons à son égard.
  • « Il accueillait tous ceux qui venaient chez lui ; il annonçait le règne de Dieu et il enseignait ce qui concerne le Seigneur Jésus-Christ avec une entière assurance et sans obstacle », nous rapporte le livre des Actes des Apôtres au sujet de Paul. Nous retrouvons sans peine dans la vie de saint François de Laval ces différents visages du ministère apostolique. La charité pastorale est l’un des aspects les plus touchants de la mission que tout évêque reçoit quand l’Eglise lui confie la charge de ses frères. Jésus, lui-même, aimait à se laisser approcher, toucher, examiner par les hommes, parfois inquiets, parfois curieux, parfois admirateurs, qui s’interrogeaient au sujet de sa mission. Sans mansuétude et sans douceur, l’enseignement de l’évêque ou du missionnaire ne peut porter du fruit en abondance dans le cœur des fidèles. L’enseignement n’est en rien réductible au discours : il doit au contraire illuminer chaque aspect de notre vie. Nul doute que Mgr de Laval sut allier la parole et l’exemple avec une heureuse harmonie, de manière à rendre ses enseignements féconds et d’agir continuellement selon l’Evangile.
  • « Suis – moi », dit Jésus à Pierre. C’est à chacun d’entre nous que s’adresse aujourd’hui cet appel. Les paroles du Seigneur ne doivent pas rester lettre morte en nos vies ; appliquons-nous plutôt à les recevoir avec action de grâces. Soyons bien persuadés que, dans le mystère de l’Eglise, les merveilles accomplies par Dieu excèdent très largement le cadre des récits qui nous ont été transmis pour accroître en nous la foi. « Il y a encore beaucoup d’autres choses que Jésus a faites ; et s’il fallait écrire chacune d’elles, je pense que le monde entier ne suffirait pas pour contenir les livres que l’on écrirait ». Quel heureux constat ! Le Seigneur continue à écrire dans nos vies la longue histoire de son amour pour nous. Comme le disait si bien saint Jean-Paul II, le cœur de l’homme est tout un continent qu’il lui faut conquérir, pour y étendre son règne d’amour et de paix. « La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ». Animés par le désir de suivre le chemin de vérité et de vie qu’est le Christ, engageons-nous aujourd’hui à sa suite en faisant revivre dans nos vies ses enseignements, ses vertus, ses mystères. L’évangile n’est pas seulement un texte ; il est un idéal de vie capable, jour après jour, de nous configurer au Christ, vivant à jamais au milieu de nous.

+ Georges Colomb

Evêque de La Rochelle et Saintes