Discours de Mgr Georges Colomb pour l’inauguration de la Maison Diocésaine à Saintes, mardi 10 décembre 2019                     


Madame la sous-préfète de Saintes,
Madame la Députée,
Monsieur le Président du Conseil Général, monsieur le ministre,
Monsieur le Maire de Saintes,
Monsieur le Président de l’Agglomération de Saintes,
Mesdames et Messieurs les Maires et conseillers municipaux,
Monsieur le Président du Tribunal de Commerce,
Frères et sœurs dans le baptême,
Chers Amis

Je suis très heureux de vous rassembler ici, ce soir, à l’occasion de la bénédiction, de l’inauguration de notre nouvelle maison diocésaine. Votre présence m’est précieuse. Elle dit quelque chose de notre volonté de créer du lien. Notre société a besoin de femmes et d’hommes dévoués au service du bien commun, engagés au service de l’intérêt général, et tournés vers des horizons de justice et de paix. Nous partageons cette passion commune. Je tiens à remercier tous ceux qui ont œuvré avec talent et professionnalisme à la réhabilitation de cette belle maison.

Le lieu que nous inaugurons est lui-même inscrit dans une histoire traversée par ce goût des autres et du service. Édifié en 1892 par l’architecte saintais M. Rullier, le bâtiment accueille les religieuses de l’ordre du Carmel jusqu’en 1901. Vendue par lots, la propriété est réquisitionnée en 1914 et devient hôpital militaire. Après la guerre, les propriétaires de lots revendent leur bien à des prêtres. Il faudra attendre 1927 pour que ces lots réunis deviennent propriété du diocèse qui en fait son Petit Séminaire, affecté à la formation des jeunes et des futurs prêtres. Le Petit Séminaire ferme en 1969. Le bâtiment devient alors Maison diocésaine et il l’est toujours. La maison diocésaine est à Saintes, l’évêché est à La Rochelle, le diocèse est le diocèse de La Rochelle, mais le Pape Pie IX, le 22 janvier 1854, autorisa, Mgr Villecourt, évêque de La Rochelle, ainsi que ses successeurs à joindre au titre d’évêque de la Rochelle celui d’évêque de Saintes.

Cette maison nous permet de relire une partie de notre histoire ecclésiale et nationale depuis la fin du XIXème siècle, sur cette terre de France, fille aînée de l’Eglise. Nous parcourons, dans les allées du cloître restauré, la querelle de la laïcité qui a conduit à l’expulsion des carmélites qui occupaient cette maison, la guerre de 1914-18, puisque ces murs ont abrité nos compatriotes, les soldats qui firent le don de leur jeunes vies à la patrie. Aujourd’hui, une laïcité bien comprise, sur laquelle nous devons veiller, doit permettre à chacun de vivre sa foi librement dans le respect des autres, mais sans mettre sa croix ou sa crèche dans la poche comme on le fait pour un mouchoir. Comme le disait le général de Gaulle, la République est laïque, mais la France est chrétienne !

Ma volonté de valoriser le potentiel des 4500m2 de bâti et des 8 ha de parc arboré, tout en réalisant le vœu très ancien des acteurs pastoraux de travailler sur un site unique, a représenté un défi porteur de sens. La refondation de la Maison diocésaine obéit à ma décision de mettre le diocèse au cœur de la Charente-Maritime. Cette centralité retrouvée, au-delà de la praticité du regroupement de tous les services administratifs et pastoraux, est le signe tangible d’une réalité qui m’est chère : « Là où est le cœur, là est le foyer ». Comme le laisse entendre ce proverbe latin, notre maison diocésaine est d’abord une maison, un foyer, dans lequel chacun, à sa place, peut déjà prendre sa part de la nouvelle lisibilité missionnaire qui anime notre église locale. Dans ce foyer diocésain, où se joue la vérité de nos liens fraternels, se dessinent déjà les contours de mon ambition pastorale. A la manière dont ici déjà se vivent nos relations, à la façon dont ensemble ici nous travaillons, quelque chose de Dieu se laisse à voir. Quelque chose de simple et de puissant. Quelque chose d’indicible. Quelque chose de Dieu qui vient à nous. Ici en ces murs, ce quelque chose, nous apprenons à l’offrir humblement, patiemment, tendrement. En ces termes se jouent profondément ce que j’entends par mission : préférer l’annonce de l’évangile, le témoignage de foi, le travail fécond ensemble à la dialectique. La Vierge Marie dont nous venons de fêter l’immaculée conception, nous trace un chemin de liberté : savoir se dégager du règne du soupçon pour entrer, en disant Oui au Seigneur, dans le royaume de la confiance.

Ce foyer rénové, cette maison que nous apprenons à habiter ensemble, est comme un creuset alchimique où s’expérimente un feu d’audace et d’espérance. Cet athanor, qui transforme nos peurs de plomb en parole d’or et de vie, nous met en vis-à-vis. Face à nous même et face au Tout Autre. Comme un chemin d’Avent nous conduit à la prodigieuse nouveauté de Noël, nous sommes saisis du monde et restaurés dans la sublimité d’une simple naissance. Depuis la Nativité, toutes les naissances prennent leur poids d’éternité dans le sillon inaugural que trace l’Enfant-Dieu.

Notre maison, non pas cléricale mais ecclésiale, est ouverte à tous, elle s’ouvre pour tous, non seulement aux étudiants et étudiantes, aux prêtres aînés qui y résident, à tous mes collaborateurs de la mission, prêtres, religieuses, religieux et laïcs, au personnel qui met ses compétences et son dévouement au service de tous, mais aussi à cette belle cité de Saintes. Dans cette maison, pourront se réunir, travailler, échanger et prier tous ceux qui le souhaitent. Sa nouvelle naissance est pour moi l’occasion de vous partager la force du message pastoral que je vous propose de porter avec moi. Le théologien Karl Rahner, au travers de sa Méditation sur Noël, me permet de vous dire combien je fonde ma confiance sur chacun des acteurs de bonne volonté que je sais mystérieusement conduit à entrer dans la demeure toujours neuve de l’éternité.

« La naissance de cet enfant a tout changé. A partir du Verbe fait chair, foyer de tout ce qui existe, tout désormais s’achemine, sous la poussée inexorable de l’amour, vers la Face de Dieu, sans que le monde doive pour autant être consumé dans ce brasier de sainteté et de justice. Le Seigneur est là. Le Seigneur de la Création et de notre vie personnelle. »

Chers amis, allez à sa rencontre. Vous êtes ici chez Lui… chez vous dans votre maison !

+Georges Colomb
évêque de La Rochelle et Saintes